• Traduction de Hollyleaf's Story

     Hollyleaf's Story

    Salut à tous ! Ici je vous propose une traduction du livre numérique « Hollyleaf's Story » qu'on peut traduire par L'histoire de Feuille de Houx. Cette traduction est réalisée par moi-même, aucun vol ne sera toléré ! Bonne lecture.

    Les images de début de chapitres ont été réalisées par Spirit-of-Alaska.

  • (Traduction) Chapitre 1 de "Hollyleaf's Story"

    Le tonnerre gronda, plus fort que tout ce que Feuille de Houx avait entendu auparavant. On pouvait percevoir un craquement sourd et une secousse venant du plafond. Le ciel est en train de s'effondrer ! Le grondement se répandait, toujours plus fort et aigu qu'il surprit la femelle, la projetant sur le sol, broyant ses os. Je ne peux pas respirer ! Elle lutta frénétiquement malgré la douleur fulgurante qui sévissait dans ses griffes. Mais l'air était trop lourd, trop froid. Sentant ses dernières forces l'abandonner, elle laissa les ténèbres l'engloutir.

     

    Feuille de Houx se tenait au bord d'une falaise. Derrière elle, la grotte s'ouvrait telle une gueule béante. Les flammes oranges sifflaient, emplissant l'air de fumée et de cendres. Pelage de Lion et Œil de Geai étaient derrière elle ; elle pouvait les sentir trembler, accroupie contre leurs fourrures. En face d'eux, debout sur une branche, Pelage de Granit leur bloquait le passage. Cette branche représentait leur seule chance de sortir de ce calvaire. Poil d'Écureuil se tenait près de lui, de la colère et de la haine luisaient dans ses prunelles flamboyantes. Feuille de Houx regarda fixement sa mère, attendant un mouvement de sa part, pour dégager le matou tacheté.

    « Ça suffit, Pelage de Granit », siffla Poil d'Écureuil. « C'est à moi que tu en veux. Ces jeunes n'y sont pour rien. Fais ce que tu veux de moi, et laisse-les se tirer d'affaire.

    -Tu ne comprends pas, répondit-il en la dévisageant comme s'il la voyait pour la première fois. C'est la seule façon de te faire vivre la même souffrance que celle que tu m'as infligée. Tu m'as arraché le cœur quand tu as choisi Griffe de Ronce. » À travers les flammes, il fixa Feuille de Houx et ses frères. Ses yeux n'étaient plus que des fentes bleu sombre. « Si tes petits meurent sous tes yeux, alors tu sauras le calvaire que j'ai vécu. »

    « Tue-les, dans ce cas, miaula-t-elle. Ce n'est pas comme ça que tu me blesseras. »

    Pelage de Granit ouvrit la gueule pour répondre avant de se raviser. Feuille de Houx et ses frères dévisagèrent leur mère. Qu'est-ce que Poil d'Écureuil voulait dire ?

    La rouquine recula d'un pas et jeta un coup d'œil nonchalant derrière elle. Ses yeux verts étaient plus féroces que Feuille de Houx ne les avait jamais vus et leur expression était indéchiffrable.

    « Si tu veux vraiment me faire souffrir, il te faudra trouver autre chose, feula-t-elle. Ce ne sont pas mes petits. »

    Le sol s'effondra sous les pattes de Feuille de Houx. Poil d'Écureuil...n'est pas ma mère ? Elle n'avait plus rien. Plus de Clan. Elle pourrait très bien être née d'un chat errant, ou d'un chat domestique. Il était hors de question de laisser Pelage de Granit tout révéler à l'Assemblée. Si tout le monde découvrait la vérité, elle et ses frères allaient être bannis ! Tout ce qu'ils avaient accompli jusque maintenant, leur loyauté envers le Code du Guerrier, tout ça pour rien.

     

    Le silence était lourd, et pesait encore plus sur les oreilles de Feuille de Houx que les rochers qui la clouaient sur le sol gelé. La poussière lui emplissait la bouche et les narines, et une douleur indescriptible déchirait l'une de ses pattes arrières. J'ai été enterrée vivante ! Feuille de Houx se débattit sous le poids de la pierre et reçut une pluie de cailloux sur la tête. Il n'y avait pas un seul rayon de lumière dans le tunnel. Elle était prisonnière de l'obscurité.

    « À l'aide ! À l'aide ! Je suis bloquée ! »

    Elle se stoppa net. Qui était-elle en train d'appeler ? Elle n'avait plus de camarades de Clan à présent. Elle avait laissé sa vie de guerrière derrière elle, de l'autre côté des rochers, aussi loin d'elle que l'était la lune. Ses frères et Feuille de Lune savaient qu'elle avait assassiné Pelage de Granit. À présent, Œil de Geai et Pelage de Lion pensent sûrement qu'elle avait péri dans la chute de pierres. C'est sans doute mieux comme ça. Au moins, ils ne penseront pas à me chercher. Et Feuille de Houx ferma les yeux à nouveau.

     

    Feuille de Houx avait suivi Pelage de Granit jusqu'à la frontière du Clan du Vent. Elle avait traqué le guerrier comme si elle traquait une proie, se déplaçant à pas feutrés, les griffes rentrées pour éviter de les accrocher à un quelconque buisson de ronces, ou de les faire crisser sur la pierre. Quand le matou atteignit le bord de la rivière rugissante, Feuille de Houx bondit sur lui, lui tordit le cou, plongea ses crocs dans sa fourrure, se répétant encore et encore : C'est le seul moyen ! Pelage de Granit tomba lourdement sur le ventre. Feuille de Houx sauta en arrière tandis que le corps du guerrier roulait vers la rivière. Elle lava le sang qui maculait ses pattes d'un rouge vif, laissant l'eau froide lécher ses jambes, son ventre, jusqu'à son cœur. Je l'ai fait pour mon Clan !

     

    Feuille de Houx secoua la tête pour chasser ces images de son esprit. Elle prit une profonde respiration, remua ses pattes avant libres, et dégagea les pierres bloquées contre sa poitrine. Elle se hissa aussi loin qu'elle le put. Elle feula de surprise lorsqu'elle bougea sa patte arrière. C'était si douloureux, comme si elle était cassée. Feuille de Houx s'imagina les réserves de la tanière de Feuille de Lune. De la consoude pour solidifier les os, et des graines de pavot pour apaiser la douleur. Aussi loin que l'est la lune, se remémora-t-elle. Grinçant des dents, elle traîna le reste de son corps, se libérant ainsi de la paroi rocheuse. Sa patte blessée tressautait sur le sol.

    « Au nom du Clan des Étoiles, qu'est ce que ça fait mal ! » grogna-t-elle.

    Parler à voix haute semblait la rassurer, alors elle continua.

    « Je suis déjà descendue ici auparavant. Je connais d'autres chemins vers la sortie. Je dois juste suivre ce tunnel jusqu'à trouver une source de lumière. Allez, en route. Une patte devant l'autre.»

    Malgré la peur, malgré la douleur, les souvenirs lui revinrent en mémoire.

     

    « Je suis ta mère, Feuille de Houx », avait murmuré Feuille de Lune. Feuille de Houx secoua la tête. Non. C'est impossible. Comment pourrait-elle être la fille d'une guérisseuse, alors que les guérisseurs ne sont pas censés avoir de petits. C'était pire que d'être chat errant ou chat domestique, sa propre naissance était une infraction au Code du Guerrier.

     

    Feuille de Houx sortit les griffes pour disposer d'une meilleure prise sur la pierre. Malheureusement, certaines d'entre elles s'étaient brisées alors qu'elle se débattait pour se dégager des rochers, et le bout de ses pattes était humide et collant. L'odeur du sang la prit à la gorge. Elle s'imagina la traînée de sang qu'elle laissait derrière elle tandis qu'elle se traînait dans le tunnel. Si Pelage de Lion et Œil de Geai creusaient une ouverture à travers la roche, ils sauraient qu'elle avait survécu, et suivraient la trace rouge pour la retrouver. Soudain, ses pattes de devant butèrent contre la pierre. Elle gémit de douleur et se tourna pour suivre la courbe du mur. Il faisait si noir qu'elle se demandait si elle avait les yeux ouverts. Si seulement je pouvais trouver un peu de lumière. Si seulement. Si seulement...

     

    Œil de Geai leur avait révélé qui était leur père. « C'est Plume de Jais. »

    Feuille de Houx l'avait dévisagé, incrédule. « Mais...Plume de Jais est un guerrier du Clan du Vent ! Je suis un chat du Clan du Tonnerre ! »

    « Croc Jaune m'est apparue en rêve, insista Œil de Geai. Elle m'a affirmé qu'il était temps pour nous de connaître la vérité. »

    Pour Feuille de Houx, cela n'avait aucun sens. Je suis une Clan-mêlée ? Elle resta plantée devant l'entrée de la grotte, les senteurs de la roche lisse lui hérissant la fourrure. Elle voulait disparaître, s'enfuir, loin de tout, loin des Clans. Elle voulait commencer une nouvelle vie, loin de tous ces mensonges et ces promesses brisées.

    Feuille de Houx se tourna et courut vers le tunnel. Elle entendit Œil de Geai l'appeler, et c'est là que le tonnerre gronda, que le ciel s'effondra, et qu'elle fut avalée par le vertige.

     

    Feuille de Houx persévéra. Respire, accroche-toi, avance, se répéta-t-elle, encore et encore. Elle voulait s'arrêter, dormir, attendre qu'un guerrier du Clan des Étoiles vienne à elle. Mais le Clan des Étoiles savait-il qu'elle était là ? Sa naissance était une infraction au Code du Guerrier. Elle avait tué un chat de sang-froid. Elle avait abandonné la place qu'elle avait dans le Clan du Tonnerre. Aucun de ces ancêtres ne voudrait veiller sur elle. Étaient-ils présent lorsqu'elle avait tout révélé à l'Assemblée ?

     

    « Attendez ! » lança Feuille de Houx en se levant brusquement. « Il y a quelque chose que je dois vous dire, que tous les Clans ici présents doivent entendre. » Il y avait eu trop de mensonges, trop d'infractions au Code du Guerrier pour garder le secret plus longtemps.

    La clairière était si silencieuse que Feuille de Houx pouvait entendre une souris se déplacer sous les feuilles mortes tombées du Grand Chêne. « Vous pensez me connaître », commença-t-elle. « Ainsi que mes frères, Pelage de Lion et Œil de Geai. Vous pensez nous connaître, mais tout ce qu'on vous a raconté à propos de nous n'est que mensonge ! Nous ne sommes pas les enfants de Griffe de Ronce et Poil d'Écureuil ! »

    « Quoi ? », fit Griffe de Ronce en se levant d'un bond au milieu des autres lieutenants assis sur les racines de l'immense chêne. « Poil d'Écureuil, pourquoi raconte-t-elle de pareilles bêtises ? »

    « Je suis désolée, Griffe de Ronce, mais c'est la vérité. Je ne suis pas leur mère. Tout comme tu n'es pas leur père. »

    Le lieutenant la regarda fixement. « Alors qui ? Qui sont leurs parents ? » 

    Poil d'Écureuil tourna son regard abattu vers celle qu'elle avait toujours considéré comme sa fille.

    « Dis-leur, Feuille de Houx. J'ai gardé ce secret pendant bien des saisons ; je ne vais pas le révéler maintenant. »

    « Espèce de lâche ! » cracha Feuille de Houx. Ses yeux balayèrent la clairière, et elle vit tous les regards tournés vers elle. « Je n'ai pas peur de la vérité ! Feuille de Lune est notre mère, et Plume de Jais - oui, Plume de Jais du Clan du Vent -, notre père. »

    Des miaulements choqués surgirent de l'assemblée, elle hurla : « Ces deux chats avaient si honte de nous qu'ils nous ont abandonnés, et vous ont menti à tous, pour dissimuler le fait qu'ils ont enfreint le Code du Guerrier ! Tout est de sa faute ! ». Elle désigna Feuille de Lune de sa queue. « Comment les Clans peuvent-ils survivre s'ils comptent des lâches et des menteurs parmi leurs rangs ? »

     

    Les mots semblaient faire écho sur les murs du tunnel. Feuille de Houx souhaitait tellement de revenir en arrière, au début de l'Assemblée, et ne pas révéler cette terrible vérité qu'elle avait divulguée, éviter cette douleur qu'elle avait lu sur les visages de ses camarades de Clan. Qu'ai-je fait ?

    La noirceur constante du tunnel lui faisait mal au yeux. Elle avait cherché la lumière pendant si longtemps qu'elle finit par l'imaginer, apparaissant devant elle. Une fine ligne pâle lui apparut, telle la première allusion de l'aube filtrant au dessus des arbres. Feuille de Houx cligna des yeux et secoua la tête, afin de s'éclaircir les idées. Mais le rayon gris était toujours là. Peut-être était-ce réellement de la lumière ? Elle rampa de plus en plus vite, ignorant la douleur qui surgissait de sa patte blessée. La lumière s'intensifia. Elle trouvait sa source dans le mur ; un autre tunnel, plus petit, partait de ce côté. Feuille de Houx se traîna dans la courbe que formait la paroi. Était-ce son imagination, ou pouvait-elle voir les murs d'une caverne s'ouvrant devant elle ? Emplie d'excitation, elle tenta de se lever. Le sol se déroba sous elle tant sa patte la fit souffrir, des étoiles dansèrent devant ses yeux. La dernière chose qu'elle aperçut était le torrent de rochers qui fonçait droit sur elle.

    Traduction approximative de L'histoire de Feuille de Houx effectuée par © Ðidychu - Toute reproduction interdite.


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  • (Traduction) Chapitre 2 de "Hollyleaf's Story"

    Feuille de Lune ! Feuille de Lune, j'ai soif ! Feuille de Houx était morte de chaud. Sa gorge était sèche et sa langue collée à ses lèvres. Elle devait être dans l'antre des guérisseurs, avec de la fièvre. Où était la mousse trempée que Feuille de Lune laissait toujours à portée de ses patients ? Elle tourna la tête et son museau toucha quelque chose de doux, humide, avec une douce odeur d'herbe. Feuille de Houx lécha les brins de mousse, tentant de ne pas trembler tandis qu'elle avalait le précieux liquide. Rien ne lui avait semblé aussi bon.

    Soudain, elle réalisa qu'elle n'était pas seule. Il y avait un chat penché sur elle, poussant quelque chose vers sa patte blessée. Feuille de Houx feula de douleur. « Ce sont juste quelques plumes, pour que ce soit plus confortable, s'excusa-t-il. Allonge-toi dessus. »

    Feuille de Houx se raidit. Elle ne reconnaissait ni la voix, ni l'odeur de ce chat. « Qui es-tu ? Où suis-je ? ». Elle agita ses pattes avant dans tous les sens. « Laisse-moi partir ! »

    Une petite patte froide se posa sur son épaule, la repoussant doucement dans le nid. Une forte odeur de plantes dansait devant son museau. « Calme-toi, tout va bien. Tu es sécurité, ici. Mange ça, et rendors-toi. »

    Feuille de Houx se laissa faire. Elle avala calmement les herbes - de la consoude, d'après l'odeur - et deux minuscules graines de coquelicot. Les plumes douces et chaudes réchauffaient sa patte blessée. Elle poussa un petit soupir puis ferma les yeux, et laissa le sommeil l'envahir.

    Quand elle se réveilla, elle avait déjà les idées plus claires, et la douleur dans sa patte s'était déjà réduite. Feuille de Houx resta couchée un moment, laissant ses yeux s'adapter à l'obscurité. Elle n'était donc pas dans le camp du Clan du Tonnerre, allongée dans l'antre des guérisseurs. Elle était couchée sur un lit de plumes installé sur la roche froide. Je suis encore dans les tunnels ! Feuille de Houx poussa un soupir de soulagement. Mais qui donc était avec elle ? Feuille de Houx tenta de se rappeler l'odeur du chat qui l'avait soigné, mais soudain, son ventre se mit à gargouiller et elle réalisa à quel point elle avait faim. Depuis combien de temps n'avait-elle pas mangé ? Elle essaya de se lever, mais sa jambe endormie la fit retomber sur le côté. Elle grogna de frustration.

    « Oh ! Tu es réveillée ! »

    Un visage indistinct apparut dans l'ombre.

    « Comment va ta patte ? »

    Feuille de Houx ouvrit les yeux aussi grands qu'elle le pouvait, et aperçut des taches rousses et blanches sur la fourrure du chat. Il sentait la pierre et la mousse. « Qui es-tu ? » demanda-t-elle d'une voix rauque.

    Au lieu de lui répondre, le matou l'ignora et d'une patte, poussa quelque chose vers Feuille de Houx.

    « Tu dois être affamée, mange. »

    Du gibier ! Feuille de Houx baissa la tête, prête à plonger ses crocs dans la chair tendre. Mais aussitôt, elle éloigna son museau de la pièce de viande. Une masse visqueuse et gluante se trouvait devant elle. « Je n'aime pas le poisson. » miaula-t-elle.

    Le matou remua les oreilles. « Ici, tu n'as pas vraiment le choix. » Son ton était doux, mais Feuille de Houx se sentit embarrassée. Son ventre émit un terrible grognement, comme s'il était heureux de manger n'importe quoi, même de la chair à corbeau. Elle retint sa respiration et mordit dans la chair du poisson. Pense à une souris bien dodue, un campagnol savoureux, se dit-elle à elle-même. Un délicieux écureuil...Le premier pigeon de la saison des feuilles vertes...

    Elle avala la dernière bouchée et se tourna aussitôt pour boire, afin de chasser le goût du poisson. Le chat roux et blanc la regarda avec une lueur d'espoir dans les yeux. « Merci », miaula Feuille de Houx. « Ce...ce n'était pas si mal, finalement. »

    Le matou la regardait toujours fixement. « Tu es Nuage de Houx, n'est-ce pas ? »

    Elle cligna des yeux. « Je m'appelle Feuille de Houx, maintenant. Mais comment le sais-tu ? Je ne t'ai jamais vu auparavant ! »

    Le chat secoua la tête et son regard s'assombrit. « Non, tu ne m'as jamais vu. Par contre, toi, je t'ai vu avec tes frères quand tu as secouru ces chatons, juste avant que la rivière n'inonde tout. »

    Feuille de Houx fixa le matou de ses prunelles vertes. Elle ne voulait jamais oublier la recherche de ces chatons du Clan du Vent dans les tunnels, accompagnée de Pelage de Lion et Œil de Geai. Ils avaient été emportés par l'inondation, jusque dans le lac quand les tunnels s'étaient remplis d'eau. Ils avaient eu de la chance de s'en sortir. Et maintenant, ce chat prétendait qu'il avait été présent à ce moment-là ! « Qui es-tu ? » miaula-t-elle.

    Le mâle roux et blanc fit mine de s'occuper des plumes qui ornaient le nid de Feuille de Houx sous sa patte blessée.  « Mon nom est Feuille Morte », miaula-t-il calmement.

    « Tu n'es d'aucun Clan, n'est-ce pas ? » le pressa Feuille de Houx. « Où vis-tu ? »

    Feuille Morte forma un petit tas d'herbe et commença à les diviser. « J'ai vécu dans les collines, au-dessus du lac. Mais à présent, c'est ici que je vis. » Il poussa quelques plantes vers Feuille de Houx. « Mange cette consoude, ça aidera ta patte à guérir. Par contre, je ne te donnerai plus de graines de coquelicot, sauf si tu as encore du mal à dormir. »

    Feuille de Houx mâcha les feuilles avec obéissance. « Étais-tu un guérisseur ? » demanda-t-elle.

    Feuille Morte pencha la tête sur le côté. « Un guérisseur ? Je ne vois pas de quoi tu veux parler. Là où je vivais, nous apprenions tous à reconnaître les herbes et à traiter les blessures. De cette façon, nous pouvons toujours aider les autres en cas de besoin. C'est cela, être un guérisseur ? »

    « Oui, à peu près. »

    Feuille de Houx se redressa à l'aide de ses pattes avant, et sentit son cœur s'emballer. « Où sont les autres ? Faisais-tu partie d'un Clan ? ». Si un groupe de chats vivait non loin d'ici, comment se fait-il que les Clans n'en aient jamais entendu parler ?

    « Assez de questions. » la coupa Feuille Morte. « Tu dois te reposer. Ta patte n'est pas cassée, juste tordue. Tu te remettras vite. Et après je suppose que tu voudras retourner auprès des tiens. »

    « Non ! » glapit Feuille de Houx. « Je ne peux pas y retourner ! Jamais ! »

    Feuille Morte haussa les épaules. « C'est ton choix. Allonge-toi et arrête de gigoter. Je t'apporterai quelque chose à manger plus tard. » Il ramassa les restes du poisson et s'éloigna.

    Feuille de Houx le fixa du regard jusqu'à ce que les ténèbres l'aient englouti. Les murs du tunnel semblaient pâles, comme si plus de lumière y était filtrée. Quand elle avait parlé, elle avait entendu sa voix se répercuter au loin. Sa première impression était donc vraie, elle était bel et bien à l'entrée d'une cave. Elle n'entendait pas le moindre bruit d'une quelconque rivière, ce n'était donc pas la grotte où elle été venue auparavant, celle qui abritait le cours d'eau. Feuille de Houx posa le menton sur ses pattes et ferma les yeux. Elle était perdue et blessée, mais d'une façon ou d'une autre, un chat l'avait trouvée, l'a maintenue en vie, l'a nourrie et soignée. A-t-il été envoyé par le Clan des Étoiles ? Où était-elle vraiment très chanceuse ? De toutes façons, elle était en sécurité et c'est tout ce qui comptait pour le moment.

    Elle se réveilla en somnolant et trouva un petit poisson derrière elle,, ainsi que de la mousse fraîchement imbibée d'eau et quelques feuilles de consoude. Il était plus difficile d'apercevoir les murs de la grotte. Elle en déduisit qu'il faisait sombre dehors. Faisait-il nuit ? Feuille de Houx se demanda depuis combien de jours était-elle dans ces tunnels. C'était la pleine lune quand elle est...partie. Peut-être Feuille Morte pourrait-il lui dire comment était la lune aujourd'hui ? Après avoir mangé son poisson, dont l'odeur était masquée par la consoude, Feuille de Houx tenta de rester éveillée, espérant que Feuille Morte allait revenir. La grotte devint de plus en plus sombre et bientôt, elle ne put distinguer quoi que ce soit. Feuille de Houx renonça alors à attendre son étrange compagnon. Il allait revenir le matin, elle en était sûre.

    Elle était réveillée et nettoyait son poitrail à coups de langue lorsque Feuille Morte arriva. Il portait quelque chose de volumineux et de plus duveteux qu'un poisson. Feuille de Houx s'arrêta entre deux coups de langue. « Hé ! Tu as attrapé une souris ! »

    Feuille Morte déposa la proie fraîchement tuée à ses pattes. Il se releva, une lueur de triomphe dans le regard. « Je l'ai entendue ramper dans les tunnels », expliqua-t-il. « J'espère que cela te plaît. »

    « Et comment ! » miaula Feuille de Houx. «  Merci ! » Elle se pencha en avant pour en prendre une bouchée. « Il y en a assez pour deux. Tu en veux ? »

    Feuille Morte secoua la tête. « Non, tout est pour toi. »

    Pendant que Feuille de Houx continuait de manger, il bougea doucement la patte blessée de la femelle. « Elle est réparée, tu ne penses pas ? »

    Feuille de Houx inclina la tête, la bouche pleine. « Définitivement, » marmonna-t-elle. « Je peux la courber, maintenant. Et cela ne me fait plus si mal quand je la bouge. »

    « Tu essayeras de marcher dessus, quand tu auras fini de manger », décida Feuille Morte. « Ne va pas trop loin. Mais tu as besoin de t'exercer à l'utiliser avant que les muscles ne fondent. »

    Feuille de Houx dressa les oreilles avec surprise. Feuille Morte s'exprimait comme un guérisseur. Il devait appartenir à un Clan ! Ou quelque chose de similaire à un Clan - comme la Tribu de l'Eau Vive. Elle avala et dit : « Es-tu un chat de la Tribu ? Viens-tu des montagnes ? »

    Feuille Morte la regarda fixement, le regard vide. « C'est ici ma maison, maintenant », répondit-il. « Nulle part d'autre. »

    Feuille de Houx tremblait, comme si des griffes gelées courraient sur son échine. Il y avait quelque chose dans la voix de Feuille Morte, comme s'il était plus seul et plus désespéré qu'elle ne pouvait l'imaginer. Elle se redressa et repoussa les restes de la souris. « Où puis-je marcher ? » demanda-t-elle.

    « Ne sois pas si impatiente », l'avertit Feuille Morte, « Juste quelques pas et ce sera tout pour aujourd'hui. »

    Feuille de Houx utilisa ses pattes avant pour se remettre debout. Une douleur surgit de sa patte arrière. Elle prit une profonde respiration et posa sa patte sur le sol. Hésitante, elle fit un pas en avant. Sa patte arrière lui semblaient détachée du reste de son corps. Feuille de Houx rampa jusqu'à un endroit où la lumière se faisait plus intense. Les murs du tunnel s'ouvraient de chaque côté, formant ainsi une grotte d'au moins six longueurs de queue de renard de large. Un trou dans le toit était imbibé de lumière, si intense que Feuille de Houx dû plisser les yeux pour le regarder. « Le soleil brille aujourd'hui », miaula Feuille Morte tandis qu'il la soutenait par les épaules.

    Feuille de Houx se tourna jusqu'à se trouver face à face avec lui. « Es-tu déjà sorti d'ici ? Comment peux-tu vivre dans un tel endroit tout le temps ? »

    Feuille Morte détourna le regard. « C'est chez moi, ici », répéta-t-il. « Maintenant, pourrais-tu retourner dans ton nid ? »

    La femelle noire commença à retourner le long du tunnel, frustrée de ne pas pouvoir aller plus loin. Mais quand elle n'était dans son nid de plumes, sa patte la faisait méchamment souffrir. Elle s'étendit en poussant un soupir de soulagement. 

    « Tu pourras réessayer demain », miaula Feuille Morte comme s'il pouvait deviner qu'elle souffrait. « Repose-toi maintenant. »

    Il se préparait à partir mais Feuille de Houx le retint d'une patte. « Attends ! Je m'ennuie, toute seule. Tu ne voudrais pas rester, et me parler ? »

    Feuille Morte la considéra de ses yeux bleu sombre. « Repose-toi, miaula-t-il. Comme ça, ta patte guérira plus vite. Je reviendrai, plus tard. »

    Il se détourna et s'en alla. Feuille de Houx s'effondra sur le tas de plumes. Elle voulait que sa patte guérisse le plus vite possible. Elle avait voulu s'enfuir du Clan du Tonnerre, mais une vie dans l'obscurité, dépendante d'un autre chat pour la nourrir et l'abreuver n'était pas ce qu'elle avait imaginé.

    Traduction approximative de L'histoire de Feuille de Houx effectuée par © Ðidychu - Toute reproduction interdite.


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  • (Traduction) Chapitre 3 de Hollyleaf's Story

    Un mince faisceau de lumière réchauffait sa fourrure alors que Feuille de Houx marchait dans la grotte, dressée sur ses quatre pattes. 

    « Tu vois ? dit-elle en défiant Feuille Morte, assis devant l'entrée, du regard. Comme neuves ! »

    Il semblait que des saison entières s'étaient écoulées avant que Feuille de Houx n'aie pu marcher tranquillement dans la grotte sans boiter et pourtant, Feuille Morte lui assura que la lune n'était pas encore pleine. Il avait insisté pour qu'elle reste dans la caverne afin de s'exercer, à marcher en cercle jusqu'à l'étourdissement. Il la laissait toujours seule pendant une grosse partie de la journée et toute la nuit, mais Feuille de Houx ne voulait pas commencer à errer dans les tunnels sans lui. Elle avait eu de la chance, elle ne pourrait pas compter sur Feuille Morte pour la retrouver une seconde fois.

    Feuille Morte revint et renifla sa patte. « Si tu me dis la vérité en affirmant que tu ne ressens plus aucune douleur, c'est qu'elle doit être guérie.

    -Évidemment que je dis la vérité ! » protesta Feuille de Houx. Comment pouvait-il penser qu'elle mentait ? La vérité était la seule chose qui comptait. Toujours. Sauf lorsque j'ai révélé les secrets de mon Clan lors de l'Assemblée. Feuille de Houx repoussa l'image du visage horrifié de Poil d'Écureuil de son esprit. « Est-ce qu'on peut explorer, maintenant ? » demanda-t-elle.

    Feuille Morte traça une ligne dans la poussière avec sa patte. « Tu veux plutôt dire que tu veux que je t'indique le chemin de la sortie ? »

    « Non ! s'exclama Feuille de Houx. Je veux que tu me montres les alentours de l'endroit où tu vis. Où se trouve la grotte avec la rivière ? Jusqu'où s'étendent les tunnels ? »

    Le chat roux et blanc la regarda, surpris. « Tu veux vraiment savoir ? La plupart des chats veulent sortir d'ici dès que possible. »

    Il y avait tant de douleur dans son regard que Feuille de Houx fut prise de compassion. « Je n'ai nulle part d'autre où aller, miaula-t-elle doucement. Tu as été un très bon ami, Feuille Morte. Pourquoi voudrais-je partir maintenant ? »

    Feuille Morte conduisit Feuille de Houx dans un tunnel étroit, de l'autre côté de la caverne, dans une obscurité si épaisse qu'elle semblait lécher sa fourrure comme des vagues. Le sol était doux et froid sous ses pattes. Elle ne pouvait repérer les murs de chaque côté du tunnel qu'avec ses moustaches qui les effleuraient. Au début, elle réagissait trop violemment et se cognait contre le mur opposé, mais bientôt, elle apprit à bouger la tête avec de minuscules mouvements lorsqu'elle sentait avec ses moustaches qu'elle approchait du bord.

    « Le tunnel s'ouvre ici » miaula Feuille Morte par-dessus son épaule. Il devait l'avoir entendue trébucher d'un côté à l'autre. Feuille de Houx réalisa qu'elle pouvait apercevoir le contour de son compagnon, qui prenait des teintes gris pâle. Un bruit d'eau retentit dans le tunnel, pas exactement un éclaboussement, mais un murmure continu. Il ne pouvait s'agir que de la rivière souterraine. Feuille de Houx accéléra le rythme, pressant Feuille Morte, et fit irruption dans l'immense caverne. Elle était éclairée par une lumière sombre. Après avoir été plongée dans le noir pendant si longtemps, cela lui semblait aussi accueillant et familier que son nid. En face d'elle se trouvait la rivière, insipide et calme, serpentant entre des rives de pierres peu profondes, ainsi que le rebord en haut du mur sur lequel Pelage de Lion s'était vanté d'avoir grimpé. 

    « Ton frère et cette femelle jouaient ici », remarqua Feuille Morte, en se plaçant à ses côtés.

    Il voulait parler de Pelage de Lion et d'Œil de Myosotis. Feuille de Houx se sentit mal à l'aise. L'image des chats des Clans de Feuille Morte était-elle basée sur des chats brisant le Code du Guerrier à l'abris des regards ? Pour changer de sujet, elle désigna un tunnel situé de l'autre côté de la rivière. « Il mène vers l'extérieur, n'est-ce pas ? ». C'était étrange de penser que seulement quelques longueurs de queue de marche la ramèneraient au sein du Clan du Tonnerre.

    « Avant, oui, miaula Feuille Morte. Maintenant, il est bloqué par la boue. Tu te souviens de ce tunnel, juste ici ? C'est là que vous aviez trouvé les chatons. »

    Feuille de Houx regarda la cavité béante qui se trouvait près du bord de la rivière. Elle frissonna en se remémorant la recherche désespérée des chatons du Clan du Vent, pendant que, au-dessus d'eux, Étoile Solitaire et Étoile de Feu se préparaient à faire la guerre à cause de cette disparition.

    « Les tunnels ne sont pas aussi effrayants, quand on y est habitué, » la rassura Feuille Morte. « Je te montrerai, mais avant, tu devrais manger. » Il se dirigea vers le bord de la rivière et s'arrêta un instant, le regard fixé sur l'eau noire qui s'écoulait. Soudain, une de ses pattes de devant jaillit et attrapa un poisson argenté qui tremblotait maintenant sur un rocher. Il se débattit follement jusqu'à ce que Feuille Morte le tue d'un seul coup. « Tiens, » miaula-t-il en le poussant vers Feuille de Houx.

    « Euh, tu ne veux pas manger, toi aussi ? » suggéra Feuille de Houx, peu envieuse à l'idée d'un autre repas poissonneux. Si elle avait été née dans le Clan de la Rivière, elle aurait préféré mourir de faim !

    Feuille Morte secoua la tête. « Non, celui-là est pour toi. Mange-le, ensuite nous pourrons explorer. »

    À contrecœur, Feuille de Houx avala le poisson. Ce n'était pas si mauvais, cette fois. Elle se désaltéra en buvant l'eau de la rivière. Sa saveur fraîche et pointue était rafraîchissante. Feuille Morte l'attendait à l'entrée du tunnel le plus sombre. Il lui fit un signe de la queue avant de s'engouffrer dans l'ombre. Feuille de Houx le suivit plus lentement, en jetant un dernier coup d'œil à la grotte semi-éclairée avant de céder à la noirceur. Elle pouvait entendre des pas devant elle qui sonnaient contre la pierre. « Il y aura bientôt plus de lumière », miaula Feuille Morte. Feuille de Houx se mit à trotter, contente à l'idée de sentir un peu de chaleur dans ses os. Soudain, son nez effleura quelque chose de doux. Elle ralentit afin d'éviter de s'écraser sur les hanches de Feuille Morte. Elle renifla afin de fixer son odorat, mais tout ce qu'elle pouvait sentir était la pierre, froide et humide. Feuille Morte était-il resté dans les tunnels si longtemps qu'il avait pris leur odeur ? Feuille Morte accéléra et Feuille de Houx courut pour le suivre. Les murs du tunnel émergèrent de l'ombre et elle put enfin distinguer les contours du chat devant elle. Feuille de Houx ne savait pas d'où venait la lumière et, pour une fois, ne regarda pas immédiatement où elle mettait les pattes. Elle savait que le sol était doux et égal, ici. Aucun galet ne l'avait fait trébucher jusqu'à présent et il n'y avait pas de pente forte, ici. 

    Feuille Morte se retourna pour la regarder, ses yeux brillant dans la semi-obscurité. « Tu es d'accord pour qu'on accélère le rythme ? » miaula-t-il. Il y avait une pointe de challenge dans sa voix.

    « Bien sûr ! » répondit Feuille de Houx. Sa jambe blessée ne lui faisait pas mal et elle était prête à faire fonctionner ses muscles au repos depuis bien trop longtemps. Elle eut à peine le temps de reprendre son souffle que Feuille Morte se mit déjà à courir. Son pelage roux et blanc était maintenant englouti par les ombres, en dehors de la portée de la lumière pâle. Cette-fois, Feuille de Houx n'eut pas le temps d'y réfléchir à deux fois avant de le suivre. Ses moustaches frémissaient en se heurtant aux murs de chaque côté et elle gardait un poids léger sur ses pattes afin de s'adapter aux changements de sol dans les tunnels. Celui-ci commença à descendre abruptement. Feuille de Houx bascula en arrière jusqu'à ce que ses pattes avant fassent un peu plus que de sentir le chemin, la gardant en équilibre sur ses hanches. Après un moment, sa patte commença à lui faire mal, mais le tunnel s’aplatit et Feuille de Houx put continuer à courir normalement. Elle pouvait entendre Feuille Morte devant elle et elle commença à connaître le moment où le tunnel se courbe, grâce au son de ses pattes.

    Quand ils déboulèrent dans une petite caverne éclairée par la lumière du soleil grâce à une fissure située sur le toit, Feuille de Houx se sentit presque déçue. Les deux chats s'arrêtèrent un moment, haletants.

    « C'était chouette ! » miaula Feuille de Houx, essoufflée.

    « Tu te débrouilles vraiment bien ! » ronronna admirativement Feuille Morte.

    « Merci ! » Feuille de Houx regarda autour d'elle. « Où sommes-nous ? Je veux dire, par rapport à l'extérieur ? »

    « Nous venons de l'autre côté des collines, » expliqua Feuille Morte. « Ce tunnel-là » - il désigna un trou dans le mur - « mène dehors, si tu suis l'odeur des arbres lorsque tu atteins la fourche. »

    Feuille de Houx renversa la tête et fixa le plafond. Des pierres pointues pendaient, décorées de lignes délicates, une goutte d'eau accrochée à chacune de leurs pointes. Elle ne connaissait pas le territoire au-dessus d'eux et s'il se trouvait en dehors des limites des frontières des Clans. Mais c'était étrange de penser que des grottes comme celle-ci et de longs tunnels sinueux se trouvaient sous ses pattes pendant tout ce temps.

    « Nous devrions retourner en arrière, miaula Feuille Morte. Tu ne veux pas te faire mal à la patte. Viens, prenons un chemin différent. »

    Avant même que Feuille de Houx ne proteste que sa patte allait bien, il bifurqua vers un tunnel situé sur le côté. « Attends-moi ! » grinça joyeusement Feuille de Houx. Elle courut dans l'obscurité, étirant son cou jusqu'à ce que son museau heurte de la fourrure froide. « Je t'ai eu ! », le taquina-t-elle. Feuille Morte gazouillait d'amusement. « C'est ce qu'on va voir ! ». Il allongea sa foulée et s'avança. 

    Feuille de Houx sauta en avant mais trébucha sur une pierre.  Reprenant son équilibre, elle s'arrêta pour écouter. Le son des pas de Feuille Morte semblaient s'évanouir quelque part dans le tunnel. Feuille de Houx partit mais, trop occupée à tendre l'oreille, s'écrasa immédiatement sur le mur. Elle marqua une pause et se secoua la tête. Concentre-toi ! Elle redressa ses moustaches d'un coup de patte et commença à trotter dans le tunnel. Elle pouvait définitivement entendre Feuille Morte devant elle. Une brise sur son museau lui indiqua la présence d'un tunnel menant sur le côté. Feuille de Houx tourna instinctivement la tête pour regarder à l'intérieur, mais il faisait si sombre qu'elle ne voyait aucun changement dans les ombres qui l'entouraient. Elle essaya de se calmer pour faire baisser son pouls et renifla l'espace vide d'où commençait le tunnel latéral. Il n'y avait aucune trace de chaleur ou de fourrure, aucun signe qui pourrait faire croire que Feuille Morte était passé par ici. Feuille de Houx pointa les oreilles en avant. Le silence atour d'elle était oppressant, lourd comme si ses oreilles étaient remplies d'eau. Elle se força à avancer et sursauta en entendant le moindre bruit de pas. Elle s'arrêta et s'efforça d'écouter. Les bruits de pas avaient disparu. Feuille de Houx regarda ses pattes, même si elle ne pouvait pas les voir. Cervelle de souris ! Elle était en train d'écouter le son de ses propres pattes ! Elle était complètement seule dans l'obscurité. Un gémissement lui monta dans la gorge, elle déglutit pour s'en débarrasser. Sa fourrure se hérissa et ses pattes commencèrent à trembler. Feuille Morte allait sûrement remarquer qu'elle n'était pas derrière lui, hein ? Ou supposerait-il qu'elle avait emprunté un autre chemin ? Elle avait couru derrière lui avec confiance. Feuille de Houx fit un pas en avant et sa tête se cogna contre un rocher. Chancelante, elle sauta sur le côté et se frappa l'épaule sur le mur opposé. Le tunnel avait-il rétréci ? Les murs se refermaient-ils sur elle, l'écrasant lentement comme si elle n'était rien ?

    « Feuille de Houx ! » Un murmure retentit juste à côté d'elle, ce qui la fit sursauter. « Tu vas bien ? » demanda Feuille Morte qui se rapprochait, jusqu'à toucher ses oreilles avec son museau. « Que t'est-il arrivé ? »

    « Je ne savais plus où tu étais ! » éclata Feuille de Houx. « Il faisait si sombre, et je pensais pouvoir t'entendre mais ce n'était rien que le bruit de mes propres pas ! J'ai heurté les murs et je pensais que tu m'avais perdue ! »

    « Je ne ferai jamais une chose pareille, je te le promets, » murmura Feuille Morte à son oreille. « Tu ne te perdras jamais ici, car je suis là. Viens, je vais te ramener. »

    Avec sa tête proche de la sienne, il conduisit Feuille de Houx le long du tunnel, ralentissant le rythme lorsqu'elle boitait. Ils arrivèrent dans la caverne, pataugèrent dans la rivière et retournèrent à l'endroit où gisait le nid de Feuille de Houx. Elle s'effondra dans les plumes, se sentant reconnaissante de leur chaleur contre sa fourrure glacée. Sa jambe tremblait. Feuille Morte poussa des graines de pavot vers elle.

    « Mange-les - elles t'aideront à dormir, » l'invita Feuille Morte. Il se tourna pour partir mais Feuille de Houx releva la tête.

    « Peux...Peux-tu rester ici cette nuit ? » miaula-t-elle. « Je ne veux pas encore me retrouver seule dans le noir. Il y a de la place dans mon nid si je me décale un peu. »

    Feuille Morte hésita, puis s'engagea dans le nid de plumes. « D'accord, seulement pour cette nuit, » miaula-t-il. Il se recroquevilla un peu maladroitement à côté d'elle, et Feuille de Houx se tortilla pour lui laisser plus de place. Les graines de pavot commençaient à faire effet et ses paupières étaient lourdes. Elle se détendit jusqu'à ce que sa colonne vertébrale se presse contre le flanc de Feuille Morte. Pendant un instant, c'était comme si elle était de retour dans la tanière des guerriers, partageant son nid avec Cœur Cendré. Feuille de Houx respira profondément et commença à s'endormir. Mais avant que la noirceur limpide ne l'envahisse, elle tressaillit. Pourquoi est-ce que j'ai si froid ? Absolument aucune chaleur ne ressortait du pelage de Feuille Morte. Avoir vécu sous terre l'avait-il refroidit jusqu'aux os ? 

    Traduction approximative de L'histoire de Feuille de Houx effectuée par © Ðidychu - Toute reproduction interdite.


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  • (Traduction) Chapitre 4 de Hollyleaf's Story

     

    « Réveille-toi ! C'est l'heure de la patrouille du matin ! »

    Feuille de Houx roula sur le côté et se passa une patte sur les yeux. Feuille Morte la fixait du regard, sa queue repliée sur son dos.

    « Debout, espèce de limace ! » la taquina-t-il.

    Feuille de Houx se redressa. Elle avait rêvé qu'elle était de retour au sein du Clan du Tonnerre et qu'elle chassait un écureuil qui devenait de plus en plus petit au fur et à mesure qu'elle se rapprochait. Alors qu'elle était sur le point de l'attraper, l'écureuil s'était tout bonnement volatilisé. 

    Elle regarda derrière Feuille Morte pour apercevoir la pâle lumière jaune qui éclairait le tunnel. L'angle entre le faisceau de lumière et le plafond était plus étroit aujourd'hui, ce qui signifie que le soleil est bas dans le ciel. Feuille de Houx inclina la tête sur le côté. Depuis combien de lunes était-elle là ? Trois ou quatre, tout au plus. La saison des feuilles mortes devait à présent donner une teinte dorée et rouge aux arbres. Feuille de Houx se demanda si il ferait plus froid dans les tunnels. Elle poussa son nid à l'aide de sa patte. Elle allait avoir besoin de plus de plumes.

    Feuille Morte s'éloignait d'elle clopin-clopant. « Je prendrai le tunnel de la lande aujourd'hui, miaula-t-il par-dessus son épaule. Tu peux vérifier le tunnel qui mène vers les bois. »

    Il donnait des noms aux deux tunnels principaux qui ne menaient pas vers le territoire du Clan du Tonnerre. Ils ne s'étaient jamais rendus dans ces tunnels; sans qu'il ne le lui dise clairement, Feuille de Houx savait que Feuille Morte essayait de la garder éloignée de son ancien foyer. Elle avait choisi de rester avec lui, c'est ce qu'elle voulait, non ? Quand elle lui avait raconté sa vie au sein des Clans et lui avait parlé des frontières, des patrouilles, des baptêmes d'apprentis et de guerriers, il avait suggéré de faire la même chose ici. Maintenant, chaque jour commençait avec une patrouille près des tunnels de sortie, suivie d'une partie de pêche dans la rivière souterraine. Feuille de Houx avait appris à accrocher les poissons avec sa patte presque aussi aisément que Feuille Morte, et s'était habituée à leur goût fort et aqueux. Elle pouvait courir dans l'obscurité sans problème maintenant, en détectant la plus faible des brises grâce à ses moustaches et en repérant le plus faible clapotis de l'eau de la rivière pour se localiser. Quand elle patrouillait près d'un tunnel de sortie, elle faisait attention à ce que la lumière n'atteigne que son museau, comme si elle lui brûlait les pattes. Elle appartenait au monde des ombres, maintenant. Elle se cachait de la lumière du jour et du vent dans les arbres.

    Feuille de Houx frissonna. Elle avait un abri, de la nourriture, et de la compagnie. N'était-ce pas plus que ce qu'elle méritait, après ce qu'elle avait fait ? Feuille Morte était beaucoup moins exigeant que ses anciens camarades de Clan; il la laissait manger tout le poisson qu'ils attrapaient ensemble et la laissait seule lorsqu'elle en avait assez de sa compagnie. En fait, il la laissait souvent seule, surtout la nuit. Feuille de Houx se demandait où il dormait; elle pensait qu'elle avait exploré tous les tunnels à présent, mais elle n'avait jamais repéré des signes d'un autre nid.

    « Viens ! » La voix de Feuille Morte faisait écho dans le tunnel. Feuille de Houx se mit à courir. Elle le rattrapa près de la rivière et il se tinrent côte à côte, leur regard dirigé vers l'eau. Elle coulait plus rapidement aujourd'hui, de petites vagues percutaient la pierre.

    « Il a plu la nuit dernière, expliqua Feuille Morte.

    Feuille de Houx se sentit alarmée. 

    -Est-ce que la rivière va inonder la caverne ?

    Feuille Morte secoua la tête.

    -Pas encore. » Il se dirigea vers un coin et revint en poussant un large rocher plat avec son museau. Il le poussa au bord de la ligne humide laissée par les éclaboussures. « Nous utiliserons ce rocher comme marqueur pour voir si la rivière augmente de volume. »

    Feuille de Houx effleura la pierre avec sa patte. Elle était douce, comme un œuf. « Bonne idée, » commenta-t-elle.

    « C'est ce que les Griffes Acérées m'ont dit de faire, miaula Feuille Morte. Avant que je ne descende ici pour mon initiation. »

    Feuille de Houx le regarda d'un œil vif. Feuille Morte avait déjà mentionné qu'il s'était perdu dans les tunnels alors qu'il s'entraînait pour devenir une Griffe Acérée, ce qui semblait être l'équivalent d'un guerrier pour les Clans. Il ne lui aurait rien dit d'autre à propos de son Clan ou de sa Tribu, ou peu importe comment s'était appelée sa famille.

    « Si tu y retournes maintenant, miaula-t-elle gentiment, tu serais la meilleure des Griffes Acérées ayant existé. Tu t'es peut être perdu une fois, mais tu connais ces tunnels mieux que quiconque ! Si trouver ton chemin à travers les tunnels est supposé t'apprendre à être fort, brave et indépendant, tu possèdes toutes ces qualités ! Tu serais un héros ! »

    Feuille Morte la dévisagea comme si elle avait perdu l'esprit. « Y retourner ? siffla-t-il. Je ne peux pas y retourner ! Tu ne comprends pas ? Il est trop tard ! » Secoué par des spasmes de détresse, il fit volte-face et courut vers le tunnel qui menait au territoire du Clan du Vent, celui qu'ils avaient appelé le tunnel de la lande.

    « Attends ! » l'appela Feuille de Houx qui lui courait après. Mais elle se stoppa lorsqu'elle atteignit le bord de la cave contenant la rivière souterraine. Tout ce qu'elle avait étaient des questions pour Feuille Morte, et elle ne voulait pas le rendre encore plus en colère. Une pensée lui traversa l'esprit, peut-être qu'elle n'était pas la seule à fuir un terrible secret. Elle n'avait jamais révélé à Feuille Morte ce qu'il était arrivé à Pelage de Granit; peut-être qu'elle avait plus de choses en commun avec son nouveau compagnon qu'elle ne le pensait.

    Elle rebroussa chemin le long de la caverne. L'entrée du tunnel qui menait aux bois était de l'autre côté de la rivière et, aujourd'hui, il lui a fallu faire un plus grand saut pour l'atteindre. Feuille de Houx poussa un cri lorsque ses pattes arrière se retrouvèrent dans l'eau et couvraient sa fourrure de gouttelettes glacées. Alors qu'elle entrait dans le tunnel, elle entreprit de courir pour se réchauffer. Les murs gris émergeaient de l'obscurité alors qu'elle s'approchait de l'entrée. Le vent soufflait directement dans le tunnel, apportant à Feuille de Houx des odeurs de feuilles séchées et d'herbe fragile. Elle s'approcha plus près jusqu'à ce que la lumière touche ses pattes. Elle en leva une et regarda ses coussinets avec surprise. Des lunes de course sur la pierre les avaient rendus pâles et épais. Soudain, Feuille de Houx sentit de l'herbe douce et verte sous ses pattes et vit le ciel, vaste et plein de lumière, au-dessus d'elle. Elle se sentait attirée par la bouche du tunnel, comme si elle n'était qu'une brindille voguant sur la rivière. Je suis dehors !

     La lumière devint plus forte et Feuille de Houx dut plisser les yeux. Ce n'était pas le soleil - la lumière était froide et grise - mais c'était plus brillant que tout ce qu'elle avait pu voir depuis un long moment. L'entrée du tunnel était un cercle blanc éblouissant, trop douloureux pour le regarder directement. Soudain, elle entendit un craquement résonner au-delà de la lumière. Un bruit de branche qui craquait sous de lourdes pattes. Puis une volée d'aboiements, mélangée à d'aigus glapissements. Feuille de Houx grimaça alors que le bruit lui tonnait dans les oreilles ; elle était habituée au silence des tunnels. Elle recula contre le mur, trop effrayée pour savoir par où s'enfuir. Une explosion de bruits de pas résonnait à l'entrée et une énorme forme sombre surgit à travers la lumière. Au même moment, une puanteur assaillit la truffe de Feuille de Houx. Un renard !

    La peur l'empêchait de bouger. L'intrus lui fonça dedans, bondit jusqu'au mur opposé, puis se retourna et entrepris quelques pas vers le chemin de la sortie, ne prêtant aucune attention à Feuille de Houx recroquevillée dans un coin. La tête d'un autre animal pointa à travers le cercle lumineux à l'embouchure du tunnel. Une longue langue rose pendait de ses mâchoires dégoulinantes et d'énormes oreilles s'abaissèrent de chaque côté de ses yeux jaunes. Le renard laissa échapper un cri et recula, écrasant Feuille de Houx contre le mur du tunnel. Elle retint sa respiration, confuse de terreur. Le chien à l'entrée grogna et s'avança d'un pas vers eux. Il bloquait la lumière de sorte que l'on ne distinguait plus son pelage et tout ce que Feuille de Houx pouvait voir était le faible contour de ses épaules massives. Le renard se recroquevilla, remplissant la truffe de Feuille de Houx d'une douce et épaisse fourrure. Elle entreprit d'éternuer mais ne prit pas le risque d'être découverte.

    Un cri retentit de l'extérieur - une voix grave de Bipède, qui résonnait avec colère - et les oreilles du chien s'agitèrent. Feuille de Houx plissa les yeux et vit le Bipède attraper le collier du chien de sa grosse patte rose. Le chien gémit alors que son maître le traînait dehors. Le renard, relaxé, donnait à présent à Feuille de Houx assez d'espace pour lui permettre de se glisser sur le côté. C'était seulement un renardeau, pas plus grand qu'elle. Sa fourrure sentait le lait et la terre de sa tanière.

    Soudain, Feuille de Houx entendit un murmure féroce. « Que se passe-t-il ? Tout va bien ? » Feuille Morte se tenait juste à la courbure du tunnel. Elle courut vers lui, ses yeux brillants comme deux lunes.

    « Attention ! » feula Feuille de Houx. « Il y a un renard derrière moi ! Cours ! »

    Traduction approximative de Hollyleaf's Story effectuée par Ðidychu - Toute reproduction interdite.


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  • (Traduction) Chapitre 5 de Hollyleaf's Story 

    Feuille de Houx enfouit sa truffe sous sa queue et tenta de faire taire le bruit qui résonnait dans les tunnels jusqu'à son nid. Le renardeau était toujours quelque part dans les souterrains, gémissant dans l'obscurité. Pourquoi n'était-il pas parti ? Avait-il peur que le chien revienne ? Feuille de Houx renifla et s'enfonça plus profondément dans les plumes de son nid. Un autre gémissement retentit, lui piquant les oreilles comme des épines.

    Feuille de Houx s'assit. Pour l'amour du Clan des Étoiles, tais-toi ! Elle n'arriverait jamais à dormir tranquillement avec tout ce bruit. Elle sauta hors de son nid et longea le tunnel jusqu'à la rivière. La caverne était illuminée de la lumière gris pâle des étoiles. Feuille Morte était assis au bord de l'eau.

    « Tu entends ce renard ? » demanda Feuille de Houx, irritée.

    Feuille Morte haussa les épaules. « Il finira bien par trouver le chemin de la sortie. »

    « Mais il m'empêche de dormir ! » se plaignit-elle. Feuille Morte n'a-t-il pas besoin de dormir ? Le renard poussa un cri fort, comme s'il pouvait les entendre parler. Feuille de Houx ressentit une vague de pitié. Elle savait ce que cela faisait d'être perdue et effrayée dans l'obscurité. « Je devrais peut-être aller le trouver, » murmura-t-elle.

    Feuille Morte la regarda, l'air surpris. « Mais c'est un renard ! 

    -C'est un bébé, rétorqua-t-elle. Tu ne laisserais pas un chaton errer ici, pas vrai ?

    -Un chaton n'essayerait pas de me manger, souligna Feuille Morte.

    -Je suis bien trop imposante pour ce renardeau, » lui assura Feuille de Houx, en espérant que cela soit vrai. La fourrure du renard portait une forte odeur de lait, ce qui signifiait probablement qu'il ne mangeait pas encore de viande. Il n'avait certainement pas remarqué qu'il s'était assis sur une proie quand le chien l'avait chassé dans le tunnel. Feuille de Houx se secoua et commença à se diriger vers le tunnel qui menait aux bois.

    « Tu vas vraiment aller le chercher ? » Feuille Morte semblait abasourdi.

    « Oui, si cela me permet d'enfin pouvoir dormir, miaula Feuille de Houx. Si je ne suis pas revenue à l'aube, viens me chercher, d'accord ? ajouta-t-elle en plaisantant à moitié.

    -Bien sûr, » répondit Feuille Morte, l'air sombre.

    L'obscurité semblait encore plus épaisse que d'habitude et Feuille de Houx se retint à grande peine de tourner les talons et retourner près de la rivière. Les gémissements du renardeau se répercutaient sur les murs du tunnel, ce qui déroutait ses sens et la désorientait. Elle s'arrêta lorsqu'elle sentit un courant d'air froid souffler sur un côté de sa tête. Il y avait une ouverture qui menait à un autre tunnel, ici ; le renardeau était-il passé par là ? Elle resta là un moment pour écouter et entendit un petit bruit de raclement, comme si des coussinets souples battaient la pierre. Si le renard était vraiment parti par là, il devait être vraiment coincé. En effet, ce tunnel en particulier se rétrécissait de plus en plus jusqu'à aboutir à un grand mur de roche. Si Feuille de Houx suivait le renardeau, elle pouvait se retrouver piégée.

    Feuille de Houx prit une grande inspiration et s'engagea dans le tunnel. Presque aussitôt, le renardeau poussa un cri, comme s'il l'entendait approcher. « Tout va bien, je ne vais rien te faire ! » miaula la femelle noire dans l'obscurité. Elle entendait un bruit de grattement, une odeur de renard apeuré lui parvint. Feuille de Houx se rappela que c'était juste un jeune, perdu et effrayé, elle ne courait donc aucun danger. Elle s'avança plus près. « Chut, n'aie pas peur, » murmura-t-elle.

    Le grattement cessa. Feuille de Houx devina que le renard s'était pressé contre le mur de roche, n'ayant nulle part où aller. Il laissa échapper un faible gémissement. « Pauvre petite bout, » miaula-t-elle, comme si elle réconfortait un chaton. « Tu t'es perdu ? »

    Elle s'avança encore d'un pas et son museau percuta une douce fourrure odorante. En se retenant de vomir, Feuille de Houx lui donna un coup de langue. Le renard se raidit, rigide comme un roc, puis se détendit alors qu'elle continuait de le lécher. Se sentant plus confiante, Feuille de Houx se rapprocha de l'endroit où elle pensait que la tête du renardeau était. Sa truffe toucha le bord d'une oreille douce comme une plume. « Tout va bien, tu es en sécurité à présent, » murmura-t-elle entre deux coups de langue.

    La tête du renard tomba contre le poitrail de la chatte noire. Elle sentit le faible chatouillement de ses moustaches alors qu'il posait son museau sur ses pattes avant. Feuille de Houx se tortilla jusqu'à s'enrouler autour du corps du renardeau autant qu'elle le pouvait. Elle sentait sa respiration ralentir et se stabiliser. Elle s'arrêta de le lécher et reposa sa tête sur le cou du renard. « Dors, mon petit, » murmura-t-elle. Feuille de Houx se pressa contre sa fourrure froide, espérant que sa propre chaleur le réchaufferait. Une pensée lui traversa l'esprit. Aucun de ses anciens camarades de Clan ne croirait jamais qu'elle a dormi à côté d'un renard. Mais elle n'était plus dans le Clan, et ce petit avait besoin d'elle, comme un chaton a besoin de sa mère. Feuille de Houx bougea la tête pour se mettre dans une position plus confortable et ferma les yeux.

    Elle fut réveillée par quelque chose qui pinçait sa patte avant. Était-ce Feuille Morte qui attirait son attention en la mordant ? Feuille de Houx ouvrit les yeux sur une faible lumière grise. Une forme était penchée au-dessus d'elle, menaçante et quand elle regarda sa patte, elle vit de minuscules dents blanches s'enfoncer dans sa fourrure. « Oh ! » cria-t-elle en se débattant.

    Le renardeau pencha la tête sur le côté et la regarda. « Yip ! »

    Feuille de Houx recula. Le renardeau était plus grand que dans ses souvenirs, deux fois plus large qu'elle, et ses dents étaient petites mais tranchantes. « D'accooord, » miaula-t-elle, reculant d'un pas jusqu'à ce qu'elle soit hors d'atteinte. « Allons te sortir de ces tunnels. »

    Le renardeau bondit sur ses pattes, prenant ainsi toute la place. Feuille de Houx se calma. Aucun signe ne déterminait que le petit la prenait pour une proie ; en fait, c'était plutôt comme s'il voulait jouer. Il poussa un aboiement aigu et bondit sur ses pattes avant. Feuille de Houx se tourna et regarda par-dessus son épaule. Avoir le renard derrière elle était contre tous ses instincts car, maintenant, elle se sentait comme si elle était pourchassée. Pas pourchassée, suivie, pensa-t-elle fermement. « Suis-moi ! » miaula-t-elle.

    Elle s'avança de quelques pas. Le renard courut derrière elle, puis s'arrêta et gémit. Feuille de Houx regarda la tunnel devant elle. Il s'évanouissait dans la pénombre, ce qui contrastait avec la pâle lumière qui illuminait l'endroit. « Tout va bien, dit-elle au renardeau. C'est la sortie, je te le promets. » Elle s'enfonça dans l'obscurité, mais le renard ne bougea pas d'un poil. Elle entendit un cognement et s'aperçut qu'il s'était assis. La femelle noire poussa un soupir et retourna près de lui. « Debout, » le pressa-t-elle en poussant le flanc du renardeau avec son museau. « Tu ne peux pas rester ici ! »

    Elle poussa ses hanches à l'aide de sa patte et le renard bondit en poussant un cri. Feuille de Houx lui donna un autre coup de truffe. « Allez, je serai juste devant toi. » Le petit s'avança prudemment, flanquée de Feuille de Houx, pressée contre son flanc. « C'est bien ! » miaula-t-elle.

    Doucement, ils avancèrent pas à pas le long du tunnel. Le renard s'arrêta net lorsqu'ils atteignirent la jonction du tunnel qui menait aux bois, mais Feuille de Houx le poussa et l'encouragea jusqu'au coin, jusqu'à ce qu'ils puissent sentir la brise extérieure sur leur visage. Le renardeau laissa échapper un cri de joie et se mit à courir. Trop confiant, il s'écrasa contre le mur opposé et s'assit en gémissant. Feuille de Houx le rejoignit et lécha le museau du canidé. Elle ne sentit aucune odeur de sang, il n'était donc pas sérieusement blessé. « Espèce d'idiot, » le gronda-t-elle. « Reste derrière moi jusqu'à ce que tu puisses y voir quelque chose, d'accord ? »

    Elle savait que le renard ne pouvait pas comprendre ce qu'elle disait, mais il ralentit le pas alors qu'ils longeaient la courbe du tunnel. De la lumière grise leur parvint, douloureusement brillante, comme avant. Le renard cligna des yeux et gémit en se frottant les yeux avec sa patte avant.

    « C'est parce que tu es resté dans le noir pendant un moment, expliqua Feuille de Houx. Continue d'avancer; tu y es presque ! »

    Elle s'avança et donna un coup de langue sur l'oreille du renardeau et soudain, une image de Poil d'Écureuil accomplissant le même geste avec elle surgit dans son esprit. Elle était tombée dans une flaque et sa mère l'avait ramenée à la pouponnière pour la sécher. Sa mère. Tout à coup, Poil d'Écureuil lui manquait terriblement.

    Le renard bondit et se mit à trotter. Il accélérait au fur et à mesure que ses yeux s'habituaient à la lumière. Feuille de Houx resta en arrière, résistant à l'envie de se presser contre sa fourrure chaude. Le renardeau n'appartenait pas à ce monde souterrain. Il devait retourner auprès de sa mère, dans sa tanière, dans les bois. Soudain, le petit s'arrêta, juste à l'entrée. Il se retourna vers Feuille de Houx et poussa un aboiement interrogatif.

    Feuille de Houx secoua la tête. « Je ne peux pas venir avec toi, mon petit, miaula-t-elle. C'est ici mon foyer. » Les mots restèrent bloqués dans sa gorge comme un morceau de gibier.

    Elle entendit un cri puissant venir d'au-delà de l'entrée du tunnel. La tête du renardeau s'agitait, les oreilles pointées vers l'avant. Il se mit à glapir, et un autre aboiement, confiant et joyeux lui répondit. « C'est ta mère, n'est-ce pas ? » murmura Feuille de Houx.

    Le renardeau bondit en avant et s'évanouit dans le cercle blanc de lumière. Feuille de Houx se glissa le long du tunnel jusqu'à ce qu'elle puisse voir les arbres à l'extérieur. Le tunnel s'ouvrait sur un bois qui ressemblait beaucoup à celui du Clan du Tonnerre, un mélange d'arbres et de broussailles denses. La lumière s'écrasa dans les yeux de Feuille de Houx qui étrécit ses pupilles autant qu'elle le pouvait. Dans ses oreilles résonnait le bruit des feuilles dans le vent, le chant des oiseaux, et un concert de bruits de pattes qui signalait que le renardeau et sa mère se rejoignaient. Clignant des yeux, Feuille de Houx les regarda alors qu'ils se heurtaient dans un mélange de fourrure rousse. Le renardeau laissa s'échapper une volée de glapissements excités alors que sa mère l'entourait, reniflant chaque partie de sa fourrure.

    « Tu es en sécurité à présent, murmura Feuille de Houx, tentant d'ignorer le chagrin qui lui montait dans la gorge. « Tu es de retour parmi les tiens. » La vue du renardeau pétrissant le ventre de sa mère pour avoir du lait se mélangea avec des images d'elle se tortillant avec ses frères dans la pouponnière, baignée d'odeurs réconfortantes. 

    J'étais heureuse avant d'apprendre la vérité, pensa-t-elle. Tout ça c'est terminé, maintenant. 

     

    Traduction approximative de Hollyleaf's Story effectuée par Didychu - Toute reproduction interdite.


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  • (Traduction) Chapitre 6 de Hollyleaf's Story

    La saison des feuilles mortes s'était installée dans les bois et le sol était couvert d'une couche de feuilles rousses et oranges. Tandis que Feuille de Houx veillait depuis l'entrée du tunnel, une brise arracha une autre volée de feuilles d'un bouleau et les éparpillait dans les airs avant de les laisser retomber sur la terre. Une voix la fit sursauter.

    « Tu cherches le renardeau ? »

    Feuille de Houx se retourna, sa fourrure embrasée par la culpabilité. « Feuille Morte ! Depuis combien de temps es-tu là ? 

    -Assez pour voir à quel point tu aimes être là, » miaula le mâle roux et blanc.

    Feuille de Houx se déplaça sur le côté, lui laissant de l'espace pour qu'il la rejoigne à l'entrée, mais Feuille Morte resta où il est, ses pattes cachées dans l'ombre.

    « Tu espères que le renardeau revienne ? » la taquina-t-il. Sa voix sonnait creuse dans le tunnel.

    « Bien sûr que non, miaula Feuille de Houx. Je sais qu'il est à sa place dans les bois, près de sa mère.

    -Et toi ? la pressa-t-il doucement. Ta place n'est-elle pas ici, avec ta famille ? »

    Feuille de Houx détourna la tête. « Je n'ai pas de famille, grogna-t-elle.

    -Nous avons tous une famille, soupira Feuille Morte.

    -Vraiment ? Alors où est la tienne ? le défia Feuille de Houx. Tu dis que tu proviens d'un grand groupe de chats, mais que leur est-il arrivé ? Nous n'avons jamais vu aucune trace d'autres chats vivant ici. »

    Feuille Morte baissa le regard vers ses pattes. « Ils sont partis, murmura-t-il.

    -Alors allons les retrouver ! déclara Feuille de Houx. Il doit bien y avoir des signes de leur départ, pour savoir où ils sont allés. »

    À sa grande surprise, les yeux de Feuille Morte s'écarquillèrent avec horreur. « Non ! Je dois rester ici ! Si je pars, comment ma mère pourra-t-elle me retrouver ? Elle viendra me chercher un jour. Je sais qu'elle le fera. »

    Feuille de Houx ressentit une bouffée d'impatience. « Mais nous pouvons la retrouver avant ! Viens avec moi, je te protégerai.

    -Je n'ai pas besoin de protection, feula Feuille Morte. J'ai juste besoin de rester ici. Pars, si tu veux. Moi, je ne peux pas. »

    Il fit volte-face et retourna dans les ténèbres. Feuille de Houx regarda après lui, elle se sentait misérable. Ce que disait Feuille Morte n'avait pas de sens. Pourquoi sa mère n'était-elle pas venue le chercher avant ? Elle a du le voir entrer dans les tunnels, donc pourquoi n'a-t-elle pas commencé à le chercher aussitôt en voyant qu'il ne revenait pas ? Mais Feuille Morte ne donnait jamais une réponse précise. Il semblait déterminé à être aussi mystérieux que possible, et parfois Feuille de Houx se demandait s'il appréciait sa compagnie dans son foyer souterrain. Bien, je n'ai pas besoin de rester ici avec lui. Elle leva la tête et laissa les senteurs de la forêt lui envahir la truffe ; terre, feuilles, écureuil, et l'odeur musquée d'un campagnol caché parmi des bûches de pin...Que faisait-elle là, à errer dans les tunnels alors qu'elle pourrait vivre dehors, là d'où elle venait ?

    Feuille de Houx courut après Feuille Morte. Lorsqu'elle déboula dans la caverne de la rivière, elle le trouva pelotonné sous la corniche rocheuse, son nez enfouit dans sa queue. Il ne dormait pas, pourtant; ses yeux étaient grands ouverts, brillants dans la pâle lumière grise.

    « Tu m'as sauvé la vie, lâcha-t-elle en s'arrêtant devant lui. Et je t'en serai toujours reconnaissante. Mais tu as raison. J'ai besoin d'être dehors, de manger des écureuils et des souris au lieu de poissons, là où je peux voir le ciel et sentir le vent dans ma fourrure...

    -Alors pars, l'interrompit Feuille Morte. Personne ne t'a dit que tu devais rester ici. »

    Feuille de Houx le foudroya du regard. Il tenait donc si peu à elle qu'il ne l'empêchait même pas de partir ? Eh bien, elle n'avait pas besoin de lui non plus ! 

    « Bien, siffla-t-elle. Je tenais juste à te le faire savoir au cas où tu te serais demandé où je suis. »

    Feuille Morte haussa les épaules et posa de nouveau le bout de sa queue sur sa truffe. Feuille de Houx avait le net sentiment d'avoir été jetée dehors. Essayant de ne pas se sentir blessée, elle fit volte-face et retourna vers le tunnel qui menait aux bois. Elle marcha lentement au début, espérant que Feuille Morte lui courrait après, la suppliant de changer d'avis. Mais les ombres derrière elle restèrent parfaitement silencieuses.

    Le vent était plus froid que ce dont Feuille de Houx se souvenait, piquant sa fourrure même à l'abri des troncs les plus larges. La lumière faiblissait alors que les ombres s'étendaient sous la base de chaque arbre. Cette obscurité était moins confortable que celle des tunnels et Feuille de Houx se surprit à trébucher sur chaque brindille et chaque touffe de mousse. Grinçant des dents, elle se fraya un chemin à travers un fourré de ronces. Les épines ont-elle toujours accroché sa fourrure comme ça ? Les branches nues des arbres sans feuilles qui claquaient entre elles étaient-elles toujours aussi bruyantes ? Les oreilles de Feuille de Houx étaient prises par énormément de mouvements de proies et sa vue se troubla lorsqu'elle essaya de regarder à plus d'une longueur de queue de renard d'elle. Elle continua de se dire que c'était la même chose que le territoire du Clan du Tonnerre, mais cela ne l'était pas du tout ; il n'y avait aucune odeur familière, aucun chemin tracé entre les buissons, aucun signe qu'un chat a déjà vécu ici avant.

    Feuille de Houx se fraya un chemin au milieu des ronces et tourna en rond jusqu'à ce qu'elle obtienne un petit espace circulaire. Elle griffa l'herbe sèche pour se faire un nid où s'allonger puis se recroquevilla et fourra son museau sous sa queue. Son ventre gargouilla, lui rappelant qu'elle n'avait plus mangé depuis sa "chasse" matinale dans la rivière souterraine, mais elle n'avait aucune chance d'attraper une proie cette nuit. Feuille de Houx pressa son échine contre les troncs des ronces, souhaitant que Feuille Morte soit là. Même s'il n'a jamais manifesté aucune chaleur, il avait été étrangement sympathique les rares nuits où il avait partagé son nid. Regrette-t-il de m'avoir laissée partir ?

    Feuille de Houx se réveilla avant l'aube, trop affamée pour dormir plus longtemps. Elle rampa hors des ronces et huma l'air. L'odeur de pluie lui fut apportée par le vent et elle frissonna. Son nid improvisé ne résistera pas complètement à l'eau, elle allait avoir besoin de grandes feuilles à tisser dans les ronces au-dessus de sa tête. Mais avant, il lui fallait chasser. Une lumière laiteuse filtrait à travers les branches, assez pour révéler de minuscules empreintes de pas sous un hêtre. Feuille de Houx adopta la position du chasseur, ses muscles raides après des lunes à rester sous terre. Elle se dirigea vers l'avant, marchant d'un pas léger alors qu'elle s'efforçait d'entendre le léger bruissement d'une proie. À la base du tronc, une feuille remua et le bout d'une queue brune surgit. Feuille de Houx bondit, atterrit sur le derrière de la souris, et l'acheva d'un coup de croc à la nuque.

    Cela ressemblait à une proie digne du Clan des Étoiles. Feuille de Houx s'accroupit pour manger, savourant chaque bouchée. Son ventre en gronda d'appréciation - et se serrait presque de douleur. La chatte noire siffla à travers ses dents. Elle n'avait plus mangé autant depuis des lunes. Peut-être devait-elle laisser l'autre moitié de la souris pour plus tard et créer ainsi son propre tas de gibier. Elle leva la tête, regardant alentours afin de trouver le meilleur endroit où stocker ses prises. Elle frissonna. Si elle chassait uniquement pour se nourrir elle-même, à quoi cela lui servait de stocker le gibier ? Elle chasserait et mangerait quand elle aurait faim, c'est tout. Comme un chat errant le ferait...

    Feuille de Houx se redressa et trottina vivement à travers les arbres. Elle n'était pas une chatte errante, si ? Elle était un chat de Clan sans Clan, c'est tout. Pas une chatte errante, ni une solitaire, ni une bannie ou un chat domestique. Rien de tout cela. Une meurtrière, murmura une petite voix dans sa tête. Feuille de Houx aplatit ses oreilles et l'ignora, baissant la tête alors que le sol commençait à former une pente vers le haut. Sa tête basse, elle ne remarqua pas que les bois s'éclaircissaient jusqu'à ce que sa fourrure soit brusquement soufflée par le vent. Surprise, elle leva les yeux et vit qu'elle était presque au sommet de la crête. Quelques pas de plus la mèneraient vers le sommet, et ainsi elle pourrait apercevoir le lac et son ancien foyer.

    Ses pattes restèrent enracinées sur place. Feuille de Houx sentit ses oreilles s'agiter en quête d'un quelconque bruit félin : ses anciens camarades en patrouille, peut-être, ou les chats du Clan du Vent en poursuite d'un lapin. Elle n'entendit rien mis à part le sifflement du vent sur la crête, plongeant et faisant vibrer les arbres au-dessous d'elle. Presque sans réfléchir, Feuille de Houx commença à rebrousser chemin. Une part au fond d'elle voulait entendre les bruits familiers des chats du Clan du Tonnerre, et courir sur la crête pour les rejoindre ; une autre part craignait qu'ils soient en train de la chercher pour la punir du meurtre de Pelage de Granit. Feuille de Lune ou Pelage de Lion et Œil de Geai avaient-ils révélé la vérité, maintenant ? Elle n'aurait aucun moyen de le savoir car elle n'y retournerait jamais. Rebroussant chemin, Feuille de Houx courut le long de la pente et regagna le couvert des arbres.

    Quelques jours plus tard, les premières chutes de neige arrivèrent. Feuille de Houx ouvrit les yeux pour y trouver sa tanière de ronces, emplie d'une étrange lumière nuageuse. Elle sortit et grimaça lorsqu'un paquet de givre lui tomba dans le cou. Elle se secoua et sauta loin des branches restantes. Ses pattes s'enfoncèrent dans la douce neige blanche qui la glaça immédiatement jusqu'aux os. Feuille de Houx feula et se dirigea vers la branche la plus proche, où seule une mince couche de flocons s'était déposée. La mousse était visqueuse sous ses pattes mais, au moins, elle était capable de les secouer et d'y enlever la neige. Elle avait eu de la chance d'attraper quelque chose aujourd'hui ; toutes les proies s'étaient enfouies bien loin sous une couche de feuilles chaudes. Au sein du Clan, Étoile de Feu avait du aménager le tas de gibier dans un trou en dehors de la combe, là où la terre froide le garderait au frais. L'estomac de Feuille de Houx gronda à cette pensée et elle retroussa les babines, agacée par elle-même de ne pas s'être mieux préparée.

    Elle était sur le point de bondir dans les fourrés en espérant trouver quelque chose à manger lorsqu'elle remarqua une traînée d'empreintes de pattes menant à travers les arbres. Les empreintes étaient plus grandes que les siennes, mais trop grosses pour un simple chien. La fourrure de sa nuque se hérissa. Avec un sifflement de mécontentement, elle replongea les pattes dans la neige et alla voir de plus près. Plus que la grandeur et la forme des empreintes, l'odeur distinctive l'informa immédiatement de leur auteur : un renard ! Un jeune renard à en croire ses petites pattes. C'était juste son imagination ou bien avait-elle reconnu cette odeur ?

    Oui !

    C'était le renardeau qu'elle avait secouru !

    Le pouls de la chatte noire s'accéléra. À ce moment précis, la perspective de revoir le jeune renard la remplissait d'excitation, plus que l'idée de trouver à manger. Elle suivit sa trace, sautant avec précaution le long des empreintes pour ne pas les effacer. Elles menaient droit au travers des arbres, longeaient la crête avant de basculer vers un massif de pins. Les pattes de Feuille de Houx la faisaient souffrir à force de sauter dans la neige, et elle était de plus en plus profonde au fur et à mesure qu'elle descendait la colline, mais elle n'allait pas abandonner maintenant. L'odeur du renardeau s'était renforcée et les traces étaient même plus nettes, comme s'il venait juste de marcher là.

    Les pins s'ouvraient en une petite clairière où la neige avait été grattée et s'entassait de l'autre côté, avec des profondes marques de griffes et des plumes teintées de rouge. Feuille de Houx plissa le nez alors que l'odeur du sang emplissait l'air. Le renard avait du tuer un pigeon ici, décida-t-elle en étudiant les larges plumes grises. Elle sentit une bouffée de fierté, comme si elle avait entraîné le renardeau elle-même.

    Un bruit retentit derrière elle et l'odeur lui fouetta la truffe, plus forte que jamais. Feuille de Houx se tourna, un ronronnement grandissant dans la gorge. Le renard se tenait au bord de la clairière et la fixait. Ses oreilles étaient pointées vers l'avant et le bout de sa queue touffue balayait la neige. C'était définitivement son renard ! Il grandissait en un beau mâle, sa fourrure contrastant avec la neige, presque aussi écarlate que le sang du pigeon.

    « Salut ! miaula Feuille de Houx. Tu te souviens de moi ? »

    Poussant un grondement, le renard sauta vers elle. Ses dents jaunes claquèrent dans l'air là où le cou de Feuille de Houx se trouvait un battement de cœur plus tôt. Elle fonça dans un pin et entreprit de sortir ses griffes pour grimper au tronc, la créature claquant des mâchoires à à peine une longueur de moustache de ses pattes. L'arbre était entouré de mousse sur toute sa première moitié et les griffes de Feuille de Houx perdirent leur prise; elle glissa, sentant les branches lui couper les côtes et le flanc. Le renardeau bondit, glapissant de faim et d'excitation. Feuille de Houx enfonça ses griffes dans l'écorce et entreprit de stopper sa chute, des dents claquèrent une seconde fois près de la fourrure du bout de sa queue. Elle se dégagea et sauta sur les branches les plus hautes, la peur la poussant toujours plus au sommet. En dessous d'elle, le renardeau grogna de frustration.

    La chatte noire se blottit sur une fine branche qui se balança sous son poids. Elle scruta le sol à travers les aiguilles de pin vert foncé et vit le renard tourner en rond, loin en dessous.

    Évidemment qu'il ne se souvient pas de moi. Je ne suis rien de plus qu'une proie !

    Feuille de Houx plongea ses griffes dans la branche, ferma les yeux et attendit que son cœur arrête de battre comme si sa poitrine allait exploser. Lorsqu'elle ouvrit les yeux de nouveau, il faisait noir. La peur avait dû l'épuiser assez pour qu'elle s'endorme sur son perchoir inconfortable. Les bois étaient silencieux, et tout ce qu'elle pouvait sentir était la neige et le parfum piquant de la sève de pin. Le renardeau était parti depuis longtemps. Au-dessus des arbres, la pleine lune argentée flottait dans le ciel, entourée d'étoiles scintillantes. La forêt était baignée de lumière blanche et tout ce que Feuille de Houx pouvait voir était le sommet de la crête. De l'autre côté, les quatre Clans se rassembleraient sur l'île pour l'Assemblée. Son nom serait-il mentionné ? Est-ce qu'au moins un seul chat s'était demandé ce qui lui était arrivé ? Feuille de Houx fut frappée par une vague de souffrance telle qu'elle faillit lâcher sa prise sur la branche. Lorsqu'elle ploya dangereusement sous elle, elle retrouva ses sens et se laissa glisser sur le tronc jusqu'au sol enneigé. 

    Une douleur aiguë lui transperça le ventre alors qu'elle s'avança à travers les arbres. Elle s'arrêta devant un bouquet d'achillée resté à l'abri de la neige et mangea quelques feuilles. Mais la douleur au fond d'elle persista, et Feuille de Houx sût que c'était plus que de la faim ; de la solitude, du regret et de la tristesse. Il n'y avait qu'un seul endroit où elle devait aller. Hérissant sa fourrure pour résister au froid, Feuille de Houx commença à grimper la pente.

    L'aube pointait lorsqu'elle arriva, éclairant les ombres projetées par les arbres dans le clair de lune et éveillant quelques oiseaux chanteurs. Feuille de Houx chancela et marqua une pause devant l'entrée, à bout de souffle. Le tunnel s'ouvrait devant elle, chaud, sombre et accueillant.

    « Feuille Morte ! appela-t-elle en pénétrant à l'intérieur. Feuille Morte, tu es là ? »

    Traduction approximative de Hollyleaf's Story effectuée par Didychu - Toute reproduction interdite.


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  • (Traduction) Chapitre 7 de Hollyleaf's Story

    Feuille de Houx dormit deux jours entiers après son retour. Feuille Morte lui apportait du poisson pour manger dès qu'elle s'agitait, et certaines herbes qu'elle ne reconnut pas pour soigner la toux qu'elle avait développée dehors à rester constamment balayée par le vent. Son nid était là où elle l'avait laissé, mais plus doux et profond que dans ses souvenirs.

    « J'ai ajouté plus de plumes, » admit timidement le mâle roux et blanc. « Au cas où tu reviendrais. » Il se glissa délicatement à ses côtés et enroula son corps froid autour du sien alors qu'elle se rendormait. 

    Elle se réveilla enfin, les idées claires, affamée mais reposée. De la lumière jaune se faufilait dans le tunnel, ce qui insinuait que le soleil était à son zénith dehors. Feuille de Houx était seule dans son nid mais Feuille Morte apparut presque immédiatement, un poisson dans la gueule.

    « Tiens, mange ça, » miaula-t-il en laissant tomber la bête aqueuse devant elle.

    Ce n'était pas aussi bon que le gibier de la forêt- rien ne peut égaler leur goût, pensa Feuille de Houx - mais elle l'avala docilement, sentant la force de ses pattes lui revenir. Feuille Morte s'assit devant son nid et la fixa du regard.

    « J'ai revu le renardeau, annonça Feuille de Houx en se léchant les babines afin d'enlever les dernières traces de poisson de ses moustaches. 

    Feuille Morte sembla surpris. 

    -Tu es sûre que c'était bien le même ?

    -Sans hésitation. J'ai reconnu son odeur.

    -T'a-t-il reconnu ? » demanda le mâle roux et blanc.

    Feuille de Houx regarda ses pattes et secoua la tête. Elle se sentait stupide et embarrassée d'admettre ce qu'elle avait fait, mais elle espérait que Feuille Morte ne la jugerait pas trop durement. « Il ne voyait en moi qu'une pièce de gibier juteuse, miaula-t-elle calmement. J'ai du partir. »

    Elle sentit quelque chose de doux lui effleurer l'oreille lorsque Feuille Morte la toucha du bout de la queue. « Je suis tellement désolé. Tu lui as sauvé la vie, et c'est comme ça qu'il te récompense ? Franchement, certains animaux n'ont aucune gratitude ! »

    Il y avait une note d'amusement dans sa voix. Feuille de Houx releva la tête pour voir ses yeux briller avec humour. « C'était digne d'une cervelle de souris de penser qu'il se souviendrait de moi, admit-elle.

    -Pas qu'un peu ! éclata Feuille Morte. À quoi pensais-tu ? Qu'il t'aurait amené dans sa tanière pour te présenter à sa mère ? »

    Feuille de Houx haussa les épaules.  « J'étais si seule, murmura-t-elle. Je voulais juste un ami. »

    Feuille Morte se précipita vers elle et pressa sa fourrure contre la sienne. « Tu as un ami, insista-t-il. Juste ici. J'étais trop paresseux pour patrouiller pendant que tu étais partie. Nous devrions vérifier les tunnels - juste au cas où le renardeau penserait à te suivre - et après nous verrons si tu te rappelles comment attraper un poisson ! »

     ***

    Plus tard, quand les trous dans le plafond devinrent sombres et les pattes de Feuille de Houx douloureuses d'avoir couru sur la pierre, elle s'allongea sur son nid de plumes. Elle laissa échapper un ronronnement quand elle sentit Feuille Morte remuer près d'elle. 

    « À quoi tu penses ? murmura-t-il.

    -À quel point je suis heureuse d'être revenue, répondit-elle honnêtement. Je ne suis pas faite pour vivre seule, on dirait. »

    Feuille Morte lui donna un coup de langue sur l'oreille. « Je suis content que tu sois revenue, moi aussi. »

    Feuille de Houx pivota pour lui face face. « Tu penses parfois aux chats que tu as laissés derrière toi ? 

    -Tout le temps, miaula-t-il doucement. Mais cela fait si longtemps, je ne m'en souviens pas très bien. »

    La femelle noire cligna des yeux. Elle s'était enfuie du Clan du Tonnerre depuis plusieurs lunes mais elle n'avait pourtant rien oublié. « Depuis combien de saisons vis-tu dans les tunnels ?»

    Feuille Morte haussa les épaules et détourna la tête. « Plus que je ne peux compter. Mais il est trop tard pour changer quoi que ce soit, maintenant. »

    Feuille de Houx évita de lui suggérer une nouvelle fois d'aller chercher son ancienne tribu. À la place, elle s'installa plus confortablement sur son flanc et souffla, « Parle-moi de ta famille. Tu dois bien t'en souvenir. 

    -Ma mère s'appelait Ombre Brisée. Elle était très gentille et très belle. Elle...Elle ne voulait pas que j'aille dans les tunnels. Je pense qu'elle savait que quelque chose de terrible se produirait.

    -Ne pouvait-elle pas t'en empêcher ? demanda Feuille de Houx.

    -Pas si j'étais sur le point d'être une Griffe Acérée, répondit le mâle. C'est ce que je voulais, plus que tout. » Il marqua une pause. Feuille Morte semblait tellement triste. « Cela remonte à si loin dans le passé...Et toi, et ta mère ? L'as-tu prévenue que tu quittais le Clan ? »

    Feuille de Houx commença à trancher une des plumes avec sa griffe. « Pas exactement, » marmonna-t-elle.

    Feuille Morte se raidit. « Tu veux dire qu'elle n'a aucune idée de là où tu te trouves ? Et si elle te croyait morte ?

    -C'est sans doute mieux comme ça, » soupira Feuille de Houx. Alors qu'elle parlait, la chatte noire se demandait à quel chat elle se référait : Feuille de Lune, sa vraie mère, ou Poil d'Écureuil, celle qui l'avait élevée ? « C'est compliqué, confessa-t-elle. J'ai...j'ai deux mères. »

    Derrière elle, elle sentit Feuille Morte pointer ses oreilles en avant. « Deux ?

    -Ma vraie mère, Feuille de Lune, est une guérisseuse. Elle n'est pas supposée avoir des petits mais elle s'est enfuie avec Plume de Jais du Clan du Vent, et quand elle est revenue, elle a donné naissance à trois chatons, moi et mes frères. Pour dissimuler ce qu'elle avait fait, elle nous a confiés à sa sœur, Poil d'Écureuil, qui prétendait qu'elle était notre mère. Même son compagnon, Griffe de Ronce, pensait qu'il était notre père ! »

    Feuille Morte resta calme pendant un moment. Puis il demanda : « Tu penses que Poil d'Écureuil t'aimait ? 

    -Oh oui, miaula-t-elle. Je veux dire, elle s'inquiétait pour nous tout le temps, comme les autres reines de la pouponnière. Mais elle nous a menti ! Elle nous a seulement dit la vérité quand un autre chat l'y a forcée !

    -Et à propos de...Feuille de Lune, c'est ça ? Comment agissait-elle avec toi ? »

    Feuille de Houx soupira. « Elle nous a toujours porté de l'intérêt, mais je pensais que c'était parce que Poil d'Écureuil était sa sœur. J'ai été son apprentie pendant un moment mais après j'ai changé et j'ai décidé de suivre un entraînement de guerrière. J'aimais travailler avec elle ; c'est juste que ce n'était pas ce que je voulais faire durant le reste de ma vie.

    -Feuille de Lune sait-elle que tu connais la vérité ? demanda Feuille Morte.

    -Oui, » répondit la femelle noire en grimaçant au souvenir de sa confrontation finale, furieuse, avec la guérisseuse du Clan du Tonnerre. « Je...je lui ai dit qu'elle méritait de mourir pour ce qu'elle avait fait, mais elle m'a répondu que sa plus grande douleur est de devoir vivre avec tout ça. » Feuille de Houx s'arrêta de parler et se mit à regarder les morceaux de plume à ses pattes.

    « Selon moi, commença prudemment Feuille Morte, ces deux chattes t'aimaient énormément. Deux mères, c'est sans doute mieux que de ne pas en avoir, non ? Et peu importe ce que tu as fait avant de venir ici, elles doivent toutes deux espérer que tu sois en vie, saine et sauve. »

    « Sûrement, » admit Feuille de Houx. Elle repoussa les éclats de plumes de son nid. « Mais comment peuvent-elles vivre avec tous ces secrets ? La vérité, c'est tout ce qui compte ! 

    -Pas toujours, miaula le mâle roux et blanc. Peut-être qu'elles croyaient faire ce qui leur semblait être le meilleur pour toi et tes frères. Tu ne peux pas leur en vouloir de t'aimer plus que tout, Feuille de Houx. »

    Il tapota son épaule avec sa patte, Feuille de Houx se recoucha à nouveau. Elle ne pouvait pas nier que Feuille Morte avait raison : Poil d'Écureuil et Feuille de Lune l'avaient aimée. Mais tout s'est compliqué à cause de ces secrets et ces mensonges - et à cause du fait que Feuille de Houx a tué Pelage de Granit pour l'empêcher de révéler la vérité à tout le monde. Mais après j'ai réalisé que cela ne resterait jamais secret, et j'ai tout révélé aux Clans à l'Assemblée. Pelage de Granit était mort pour rien, et Feuille de Houx n'avait d'autre choix que de s'en aller.

    Dehors, le temps se refroidissait. Il y avait moins de poissons dans la rivière et Feuille de Houx devait aller chasser dans la forêt, quittant les tunnels juste le temps d'attraper une souris ou un écureuil et, la fois dernière, un pigeon plutôt maigre. Feuille Morte ne venait jamais avec elle; il est sorti quelques fois, disait-il, pour récolter des herbes après l'arrivée de Feuille de Houx dans les tunnels, mais il ne se sentait à sa place dehors. Le cœur de Feuille de Houx se tordait toujours de tristesse quand elle voyait le museau roux et blanc de son ami sortir furtivement de l'ombre, regardant anxieusement autour de lui comme s'il chassait. Feuille Morte semblait voir les tunnels comme son foyer, mais également comme sa prison. Croyait-il vraiment qu'il était trop tard pour retrouver sa famille ?

    Feuille de Houx garda l'œil ouvert, guettant le retour du renardeau et de sa mère mais elle ne vit rien de plus gros qu'un pigeon parmi les arbres enneigés, et les seules traces qu'elle vit menaient vers le taillis de pins. Elle vira dans la direction opposée, utilisant l'odeur de la mille-feuille pour la mener rapidement vers le tunnel. Il y avait un petit bouquet qui poussait juste à l'entrée, perçant la neige de ses feuilles velues.

    Chaque fois que Feuille de Houx se rendait à l'extérieur, elle se surprenait à guetter des signes d'autres chats, de l'autre côté de la crête. Ses camarades de Clan trouvaient-ils assez de proies dans la neige ? Les anciens étaient-ils forts et en bonne santé ? Plusieurs fois, ses pattes semblaient la mener au sommet de la crête sans qu'elle n'y prête attention, jusqu'à ce qu'elle ne soit plus qu'à quelques longueurs de queue de renard de la frontière du Clan du Tonnerre. Mais à l'idée de faire face avec l'un de ses anciens camarades de Clan lui gelait le sang des veines. À chaque fois, Feuille de Houx se retournait au dernier moment et courait là où Feuille Morte l'attendait.

    Un quart de lune plus tard, les nuages enneigés se dissipèrent, faisant place à un ciel dégagé et frais et à un air sec. Feuille de Houx s'enfonça dans son nid pour tenter de se réchauffer, mais son esprit était hanté par ce qu'il pouvait se passer dans la combe du Clan du Tonnerre. Elle s'assit en sachant qu'elle ne trouverait pas le sommeil tout de suite. Le tunnel était empli d'une lumière argentée qui brillait presque aussi fort que le soleil. Feuille de Houx sortit de son nid et trottina le long du passage qui menait à la rivière souterraine. La grotte était vide en dehors de la lumière éblouissante qui rayonnait dans chaque coin et teintait la rivière de blanc. Feuille de Houx leva la tête et entreprit de regarder à travers le trou dans le toit. Loin, bien loin au dessus, une lune parfaitement ronde trônait dans le ciel. C'était une nuit plutôt froide pour une Assemblée. Feuille de Houx s'imagina les chats se blottissant dans le creux, un nuage de vapeur sortant de leur museau alors qu'ils écoutaient chaque chef de Clan prendre la parole.

    « Tes camarades de Clan te manquent, n'est-ce pas ? » murmura Feuille Morte derrière elle.

    Feuille de Houx sursauta. Elle ne l'avait pas entendu entrer. « Je veux juste m'assurer qu'ils vont bien, miaula-t-elle, l'air coupable. La mauvaise saison peut être rude pour les Clans, et avec toute cette neige, ils n'ont peut-être pas trouvé assez de nourriture. »

    Feuille Morte leva une patte pour l'arrêter. « Et bien, sors les voir.

    -Je ne peux pas ! Ils doivent rester persuadés que je suis partie pour toujours !

    -Rends-leur visite sans être vue, si c'est ce que tu veux, suggéra Feuille Morte. Tu ne peux pas passer tout ton temps à regarder la lune et à rester perdue dans tes pensées. »

    Feuille de Houx sentit ses pattes se dérober sous elle. Peut être avait il raison. Elle connaissait son ancien territoire assez bien pour rester cachée. Si elle pouvait juste s'assurer que le Clan du Tonnerre survivait à la dure saison, elle pourrait enfin dormir sur ses deux oreilles.

    Traduction approximative de Hollyleaf's Story (L'histoire de Feuille de Houx) effectuée par Ðidychu - Toute reproduction interdite.


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  • (Traduction) Chapitre 8 de Hollyleaf's Story

    Feuille de Houx avait l'impression qu'un essaim d'abeilles bourdonnait dans chacune de ses pattes aussitôt qu'elle avait décidé de retourner voir le Clan du Tonnerre en secret, mais elle se força à attendre un quart de lune jusqu'à ce que le ciel se soit assombri. Juste avant l'aube, alors que la nuit était plus sombre que jamais, Feuille Morte l'avait conduite à un tunnel pas plus large qu'un terrier de lapin. C'était l'un des rares tunnels encore accessibles qui menait au territoire du Clan du Tonnerre. Feuille de Houx tenta de le remercier une fois de plus avant qu'elle ne se faufile vers la sortie, mais il avait déjà rebroussé chemin et s'enfonça rapidement dans l'ombre avant qu'elle ne puisse dire quoi que soit.

    Je reviendrai, je te le promets ! lui assura silencieusement Feuille de Houx.

    Feuille de Houx s'accroupit et se tortilla dans le trou exigu. Le plafond lui érafla les oreilles et, pendant un moment, elle se sentit comme enterrée vivante. Son cœur s'accéléra de panique et elle se mit à haleter mais continua à se tirer vers le haut à l'aide de ses pattes avant. Soudain, de l'air frais lui fouetta le visage et le bruit des branches d'arbres lui parvint aux oreilles. Feuille de Houx se releva et se délecta de toutes ces senteurs familières de chats, de chemins et de marquages de frontière. Elle était rentrée chez elle !

    Non ! Ce n'est plus mon foyer, désormais.

    La femelle noire s'ébroua pour enlever la terre de sa fourrure et se dirigea vers un bouquet de fougères et contourna ensuite un chêne solitaire. Après avoir vérifié qu'aucune patrouille de nuit n'était dans les parages, elle traversa un étroit chemin qui longeait le sommet de la crête. Feuille de Houx se dit qu'elle tremblait de froid, mais elle décelait une odeur de peur dans sa propre fourrure. Elle savait qu'elle était terrifiée à l'idée d'être découverte. Quand une chouette s'envola bruyamment d'une branche au dessus de sa tête, elle faillit tomber de peur. La chatte noire se faufila dans un bouquet de ronces et se fraya un chemin jusqu'à émerger au bord de la falaise. Elle s'accroupit et regarda en bas. 

    La combe était plongée dans l'ombre et Feuille de Houx ne pouvait distinguer aucune des tanières, mais quelque chose clochait. Le bruit du vent qui se répercutait sur les parois était différent, et les formes noires qu'elle percevait en bas n'étaient pas les mêmes que dans ses souvenirs. C'était comme si un arbre avait poussé à l'intérieur du camp depuis qu'elle était partie, un arbre lourd et plein de branches aux feuilles fragiles. C'était impossible ! Alors qu'elle observait le camp, une ligne de lumière jaune apparut au dessus de la crête devant elle. L'aube pointait et réduisait les ombres, assez pour que Feuille de Houx puisse apercevoir un énorme arbre remplissant la combe - qui ne poussait pas mais était couché sur le côté, ses racines noueuses envahissant l'endroit où se trouve la tanière du guérisseur. Feuille de Houx fut frappée d'horreur. Si un arbre de cette taille était tombé du haut de la falaise, il devait avoir écrasé les chats qui se trouvaient en dessous ! Il était couché directement à l'entrée de la tanière des guerriers et celle des anciens. Comment quelque chose de si terrible avait pu arriver à son Clan sans qu'elle n'en soit pas informée? Le Clan des Étoiles n'aurait-il pas pu le lui dire dans l'un de ses rêves ?

    Peut-être que le Clan des Étoiles m'a reniée maintenant que je ne fais plus partie d'un Clan.

    Feuille de Houx réalisa qu'elle tremblait de plus belle, elle risquait de glisser et de tomber de la falaise. Elle recula de quelques pas quand les branches de l'arbre abattu frémirent et que deux chats en émergèrent. Dans l'air froid, leur respiration formait des nuages autour de leur museau.

    « Je suis capable de me balader dans le camp toute seule, » grommela Poil de Souris. L'air était si sec que sa voix atteignait clairement Feuille de Houx, toujours postée au bord de la falaise.

    « Je sais que tu en es capable, grinça Isidore. Mais il n'y a pas de mal à avoir un peu de compagnie, si ?

    -Ce n'est pas comme si j'avais le choix, » marmonna Poil de Souris alors que le vieux matou brun la hissait jusqu'à la clairière et les ronces qui marquaient l'entrée du camp. 

    Feuille de Houx se pencha en avant, un frisson de joie lui parcourant l'échine. Mes camarades de Clan ! 

    « Belle Églantine ! appela une voix qui venait de la tanière du guérisseur. Je peux t'amener quelque chose à manger si tu as faim. Tu n'as pas besoin d'aller chercher ton gibier toi-même. » C'était Œil de Geai, sa voix sonnait comme s'il venait de se réveiller.

    « J'ai encore deux pattes valides, » répondit une chatte brun foncé qui émergeait de derrière les racines noueuses.

    Petite Églantine ? Feuille de Houx regarda avec incrédulité la jeune femelle se traîner sur le sol à l'aide de ses pattes avant. Ses pattes arrière traînaient, inutiles, derrière elle. Millie sortit du milieu des branches abattues et déboula dans la clairière.

    « Qu'est-ce que tu fais ? Tu es déjà allée assez loin hier ! Tu devrais te reposer ! » la gronda-t-elle.

    Belle Églantine - Œil de Geai avait utilisé son nom de guerrière, même si elle n'était clairement pas capable de partir en patrouille - s'écarta pour éviter sa mère. « Je vais bien, » feula-t-elle entre ses dents serrées. « Tu ne peux pas tout faire à ma place ! »

    Millie se courba et donna un coup de langue sur l'oreille de sa fille. « J'aimerais pouvoir le faire, » murmura-t-elle.

    Comment Belle Églantine a-t-elle pu être blessée aussi gravement ? Était-ce à cause de l'arbre tombé dans la combe ? J'aurais du être là ! Feuille de Houx planta ses griffes dans le sol effrité du bord de la falaise. De petites pierres se détachèrent de la paroi et tombèrent droit dans la clairière. La femelle noire se figea.

    Un chat brun foncé au pelage tigré émergea des branches. Griffe de Ronce fixa l'endroit où se trouvait la cachette de Feuille de Houx, ses pupilles étrécies. Elle recula et retint sa respiration. Puis elle l'entendit appeler plusieurs chats.

    « Pelage de Lion ? Cœur Cendré ? Menez la patrouille frontalière autour du sommet de la combe. Nuage de Colombe et Nuage de Lis peuvent venir avec vous. »

    Elle entendit les chats se rassembler en bas. Feuille de Houx risqua un dernier coup d'œil au-delà du bord. Son cœur se brisa presque lorsqu'elle vit son frère Pelage de Lion tourner autour de Cœur Cendré, le bout de sa queue longeant sa douce fourrure grise. Nuage de Colombe et Nuage de Lis - elles n'étaient encore que des chatons minuscules lorsque Feuille de Houx est partie, et à présent, elles étaient devenues des apprenties fortes au regard confiant ! - bondissaient autour d'eux, impatientes de partir en patrouille.

    « Griffe de Ronce a-t-il entendu un renard ? » demanda Nuage de Lis avec enthousiasme.

    Nuage de Colombe pencha la tête sur le côté, pensive.

    -Je ne pense pas, » miaula-t-elle.

    Pelage de Lion commença à les mener à travers la barrière d'épines. Feuille de Houx savait qu'elle devait partir immédiatement. Elle espérait juste que sa fourrure contienne assez d'odeur du Clan du Tonnerre pour ne pas être traquée jusqu'aux tunnels.

    Heureusement, les fougères étaient trempées à cause de la fonte du gel, ce qui les rendait moins aptes à retenir son odeur. Elle se fraya un chemin en grimaçant lorsque de l'eau froide pénétra sa fourrure, puis courut vers le tunnel. Elle pouvait entendre Pelage de Lion emmener la patrouille sur le côté de la combe. Nuage de Lis courait devant, reniflant chaque buisson et chaque ronce qu'elle voyait.

    « Il n'y a rien ici ! Aucun renard n'est venu de ce côté ! »

    Feuille de Houx marqua une pause, soudainement remplie d'espoir qu'ils la trouvent et la ramènent au Clan. Elle leur manquait sûrement un peu, non ? Puis elle pensa à tout ce qui s'était passé, la vérité que Feuille de Lune, Œil de Geai et Pelage de Lion avaient découverte. Le Clan se portait mieux sans elle. En poussant un petit soupir, elle se faufila dans le trou étroit et laissa les ombres l'engloutir.

    ***

    « Et ensuite j'ai vu Petite Églantine - enfin, elle s'appelle Belle Églantine maintenant - et elle a perdu l'usage de ses pattes arrière ! Elle se traînait sur le ventre dans la clairière. Peut-être que l'arbre est tombé sur elle. J'aurais dû être là pour aider ! » Feuille de Houx s'arrêta pour reprendre son souffle, consciente qu'elle ne s'était pas arrêtée de parler depuis qu'elle était revenue.

    Depuis sa place, à côté de la rivière, Feuille Morte la fixait. C'était une journée peu lumineuse, presque aucune lumière ne filtrait jusque dans la grotte, mais Feuille de Houx pouvait voir ses yeux briller faiblement. « Tu n'aurais pas pu empêcher l'arbre de tomber, souligna-t-il. De toute façon, tu as choisi de partir, tu te souviens ? »

    Feuille de Houx gratta la pierre avec sa patte. « Ce n'était pas comme si j'avais eu le choix à ce moment-là, murmura-t-elle. Je...Je ne t'ai pas tout dit à propos de ce qui s'est passé. Je n'ai pas juste découvert que Poil d'Écureuil et Feuille de Lune nous avaient menti. Un autre chat avait découvert la vérité, un chat nommé Pelage de Granit. Il a menacé de tout révéler aux quatre Clans, et donc je...je l'ai tué. »

    Il y eut un long silence. Feuille de Houx risqua un coup d'œil vers Feuille Morte. Son regard était plongé dans la rivière.

    « Le Clan t'a-t-il chassée quand ils l'ont découvert ? demanda calmement Feuille Morte.

    -Non ! Ils ne l'ont jamais su ! Seule Feuille de Lune l'a deviné et puis je l'ai dit à Œil de Geai et Pelage de Lion. Je voulais qu'ils sachent pourquoi je devais partir.

    -Mais tu aurais pu revenir, miaula Feuille Morte en soutenant son regard. Tes frères et Feuille de Lune t'aiment trop pour tout dévoiler à propos de Pelage de Granit. Ton secret sera toujours bien gardé. 

    -Ça, tu ne le sais pas ! gémit Feuille de Houx.

    -Je crois que si, ajouta le mâle roux et blanc. Tout ce que tu m'as raconté me prouve à quel point tu es importante pour ta famille.

    -Tu ne comprends pas, miaula Feuille de Houx, l'air misérable. Trop de choses se sont déroulées. Le Clan n'a plus besoin de moi. »

    Feuille Morte se détourna et entreprit de partir. « Ton Clan aura toujours besoin de toi, chuchota-t-il en s'enfonçant dans les ténèbres.

    ***

    Feuille de Houx s'était forcée à attendre trois quarts de lune en plus avant de retourner à son lieu d'espionnage au sommet de la combe. La neige était encore tombée, rendue argentée et scintillante par le gel. La chatte noire s'accroupit dans l'herbe fragile, frissonnante, et regarda le Clan se réveiller doucement en dessous d'elle. Griffe de Ronce envoya une patrouille de guerriers somnolents vers la frontière du Clan du Vent. Feuille de Houx était surprise de voir à quel point ses camarades semblaient maigres. Elle balaya la clairière du regard afin de guetter un quelconque signe d'un tas de gibier, mais seules des touffes de fourrure et des plumes restaient à côté du tronc d'arbre.  Les proies devaient se faire rares après une saison si rigoureuse.

    Un mouvement fit frémir l'extrémité de l'arbre abattu, là où les murs de la pouponnière étaient juste visibles. La voix de Pavot Gelé retentit, emplie de frustration.

    « Petite Cerise ! Ne pense pas à sortir par ce temps ! Petit Loir, ramène ta sœur à l'intérieur tout de suite ! »

    Deux petites formes duveteuses surgirent des ronces et déboulèrent dans la clairière. La femelle rousse s'arrêta, prise d'une quinte de toux. Son frère au pelage crème et brun dérapa juste devant elle. « Tu ne peux pas jouer dehors aujourd'hui, miaula-t-il. Tu as entendu ce que Pavot Gelé a dit. »

    Une femelle écaille-de-tortue se glissa hors des murs de la pouponnière et se pencha sur la femelle rousse. « Viens, ma petite, murmura Pavot Gelé. Je t'accompagne jusqu'au nid. 

    -Œil de Geai peut me donner des herbes, non ? supplia Petite Cerise en fixant sa mère de ses grands yeux ambrés.

    -Il est à court de mille-feuille, » expliqua Pavot Gelé, sa voix trahissant son inquiétude. Feuille de Houx devina qu'elle essayait de cacher son angoisse à ses chatons. « Je suis sûre qu'il en trouvera aujourd'hui, et après tu te sentiras mieux. »

    Elle poussa sa fille du museau vers la pouponnière, laissant Petit Loir vadrouiller seul dans la clairière. Feuille de Houx plissa les yeux. Elle savait ou trouver de la mille-feuille. Elle fit volte-face et courut droit vers le tunnel. Elle était habituée à l'espace restreint maintenant et se faufilait à l'intérieur sans y penser. Elle courut ensuite dans les tunnels, les pattes fermes et confiantes sur la pierre froide et humide. Il n'y avait aucun signe de Feuille Morte lorsqu'elle déboula dans la caverne de la rivière. Feuille de Houx bondit au dessus de l'eau et s'engagea dans le tunnel qui menait aux bois et le suivit jusqu'à la fin, plongeant dans la lumière du jour alors que le soleil filtrait à travers les arbres.

    Loué soit le Clan des Étoiles! 

    Le bouquet de mille-feuille était toujours en train de pousser à l'entrée du tunnel, frais et bien vert malgré le froid. Feuille de Houx récolta autant de tiges qu'elle pouvait en porter puis retourna droit dans le tunnel en faisant bien attention de ne pas marcher sur les feuilles traînant au sol. Lorsqu'elle émergea de l'étroit tunnel en plein dans le territoire du Clan du Tonnerre, elle posa la mille-feuille et renifla l'air. Une patrouille venait de passer, ce qui signifie qu'elle devrait avoir assez de temps pour déposer les herbes en bas de la falaise. Feuille de Houx essaya de calmer son cœur. Il battait si fort que ses pattes tremblaient en même temps. Il était trop tôt pour que les chats sortent en dehors du camp, et la patrouille se dirigeait vers la direction opposée. Si elle courait vite et restait dans l'ombre, elle n'avait aucune raison d'être vue.

    Elle n'hésita plus une seconde. La chatte noire ramassa les feuilles et suivit le chemin qui menait en bas de la falaise. Dérapant au coin de la combe, elle faillit percuter les ronces qui protégeaient le camp.

    Une voix grogna depuis l'intérieur, « Attends ton tour ! »

    Feuille de Houx marmonna des excuses instinctives et se précipita au bord de la barrière de ronces. Il n'y avait aucun chat montant la garde maintenant que l'aube était arrivée. Elle déposa les herbes sur le chemin bien caché à travers les épines. Le premier chat à venir les trouverait. Petite Cerise allait pouvoir être soignée avant même que le soleil ne monte plus haut dans le ciel.

    Elle entendit un chat se faufiler entre les ronces de l'autre côté. Feuille de Houx fit volte-face et retourna au sommet de la falaise en courant. Ses camarades de Clan se demanderaient sûrement qui a déposé ces herbes, mais avec de la chance ils en viendraient à penser qu'un des apprentis les avait collectées sans rien dire. Personne n'avait besoin de savoir que Feuille de Houx était revenue les aider.

    Les secrets n'étaient pas tous mauvais.

    Traduction approximative de Hollyleaf's Story - L'histoire de Feuille de Houx effectuée par Ðidychu.


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  • (Traduction) Chapitre 9 de Hollyleaf's Story

    « Petite Cerise a arrêté de tousser ! Pavot Gelé avait l'air si soulagée. Elle jouait avec les chatons ce matin et leur apprenait à bondir sur une boule de mousse. Je me souviens quand Poil d'Écureuil nous avait montré la même chose pour la première fois...» Feuille de Houx s'arrêta. Feuille Morte, assis près d'elle au bord de la rivière souterraine, agita une oreille. 

    « Le remède a marché, donc, miaula-t-il. 

    -Il avait intérêt à marcher ! » Feuille de Houx bondit sur ses pattes et lui fit face. « Tu penses que je devrais leur en rapporter plus ? Ou alors du souci ? Ou de l'herbe à chat - tu penses qu'il en pousse près du tunnel qui mène aux bois ?

    -Non, je ne pense pas, répondit Feuille Morte, une trace d'impatience dans la voix.  Je n'ai pas besoin d'herbe moi-même alors pourquoi devrais-je en chercher ? 

    -Mais tu as trouvé de la consoude pour moi, et des graines de pavot, lui rappela Feuille de Houx. Quand je me suis blessée à la patte. »

    Le bout de la queue du mâle roux et blanc remua. « C'était différent, marmonna-t-il. Tu étais là, devant moi. Je ne pouvais pas te laisser souffrir, n'est-ce pas ?

    -Le Clan du Tonnerre est juste au-dessus de nos têtes ! lança Feuille de Houx. Le code du guerrier stipule que nous devons protéger les chatons de tous les Clans, pas juste du nôtre. Si nous récoltons des herbes qui aideraient Petite Cerise et Petit Loir à surmonter la mauvaise saison, nous ne ferons que suivre le code.

    -Ce n'est pas mon code, miaula Feuille Morte en se détournant. Je te souhaite bonne chance pour chasser des herbes si c'est ce que tu veux faire. » Il s'engagea dans le tunnel qui mène au nid de Feuille de Houx.

    La femelle noire le regarda s'évanouir dans les ténèbres. Il se comportait vraiment étrangement. Elle ne l'avait plus vu du tout depuis plusieurs jours et sa seule compagnie était ses camarades de Clan quand elle les observait depuis le bord de la falaise. Feuille Morte ne partageait plus jamais son nid et ne venait plus la regarder chasser depuis l'entrée du tunnel. Avait-elle fait quelque chose qui l'énervait ?

    Peut-être qu'il n'apprécie pas le fait que je passe tant de temps au Clan du Tonnerre.

    Feuille de Houx se sentit soudainement prise de culpabilité. En effet, elle revenait chaque jour observer ses camarades de Clan. Les chatons de Pavot Gelé avaient presque atteint l'âge de six lunes, ils allaient bientôt être nommés apprentis; Feuille de Houx se demandait quels chats seraient choisis pour être leurs mentors. Si elle avait été là, dans le Clan, elle aurait aimé avoir Petite Cerise pour apprentie, la petite avait un bon esprit et un sens de l'humour agréable. Mais elle ne deviendrait jamais mentor, pas pour l'instant en tout cas.

    La femelle noire se secoua et se mit à trottiner dans le tunnel qui menait aux bois. Elle avait besoin d'attraper quelque chose à manger, puis elle partirait chercher des herbes fraîches. La mauvaise saison était à son apogée et lui donnait peu de chance de trouver des pousses vertes. Elle aurait peut-être plus de chance d'en trouver à l'abri, sous des troncs d'arbres abattus. Et peut-être pourrait-elle attraper quelque chose pour Feuille Morte, pour se faire pardonner de tout ce temps qu'elle passe dehors. Il n'avait jamais partagé du gibier avec elle avant mais peut-être que rien ne le tentait, tout simplement. Il devait bien y avoir une sorte de proie, bien dodue et remplie de noix, parmi ces arbres, qu'il voudrait bien manger.

    Feuille de Houx attrapa un écureuil à la douce et duveteuse fourrure grise, mais Feuille Morte n'était nulle part en vue lorsqu'elle retourna dans les tunnels. Elle mangea seule près de la rivière en prenant bien soin d'en laisser la moitié à Feuille Morte avant de se rincer le museau dans l'eau glacée. Elle n'avait trouvé aucune herbe fraîche à ramener au Clan. Elle se dirigea donc vers son nid, ses pattes traînantes de la fatigue de la déception. Elle se pelotonna dans les plumes de son nid et enfouit sa truffe sous sa queue. Demain, elle passerait toute la journée avec Feuille Morte - si elle arrivait à le trouver - et ils patrouilleraient le long des tunnels, aussi loin qu'il voudrait aller.

    Feuille de Houx avait l'impression d'avoir fermé l'œil rien qu'un moment lorsqu'elle sentit Feuille Morte lui donner des petits coups de patte. « Réveille-toi, Feuille de Houx ! »

    Encore l'esprit embrumé, Feuille de Houx s'assit. « C'est déjà l'aube ? bredouilla-t-elle.

    -Non ! » Feuille Morte tournait en rond, la fourrure hérissée d'impatience. « Deux de tes camarades de Clan sont dans les tunnels ! »

    Feuille de Houx s'éveilla instantanément. « Quoi ? Où ça ? Qui ? 

    -Je ne sais pas ! lâcha Feuille Morte. Mais il ne peuvent pas rester ici. Je leur ai dit comment sortir mais ils ne m'ont pas écouté et sont toujours perdus. Vas-y et aide-les, tu veux bien ? 

    -Est-ce qu'ils vont bien ? 

    -Ils sont en assez bonne santé pour bavarder comme des pies, donc je présume qu'ils ne sont pas blessés. » Feuille Morte commença à s'éloigner. « Ramène-les d'où ils viennent, » miaula-t-il par-dessus son épaule.

    Feuille de Houx bondit de son nid et courut jusqu'à la grotte de la rivière. Malgré le bruit que faisait le cours d'eau, c'était le meilleur endroit pour entendre quoi que ce soit dans les tunnels principaux. Elle se pencha au-dessus de l'eau et pointa les oreilles en avant. Une conversation aiguë et nerveuse résonnait dans l'un des passages. La femelle noire sauta au dessus de la rivière et courut en direction du bruit, traversant les galeries avec confiance sans besoin de voir où elle mettait les pattes. Soudain, les voix lui parurent très proches. Les félins étaient juste devant, invisibles dans l'ombre mais assez près pour que Feuille de Houx puisse sentir leur odeur. Elle reconnut Feuille de Lis, la nouvelle guerrière, et la fille de Plume Grise, Pluie de Pétales. Feuille de Houx se faufila dans une crevasse creusée dans la paroi du tunnel et écouta.

    « J'aurais du lui demander son nom, murmura Feuille de Lis. On aurait pu l'appeler. » Elle marqua une pause avant d'ajouter : « Je ne pense pas qu'il serait venu de toute façon. »

    Elle doit parler de Feuille Morte ! 

    Un doux bruit de grattement suggéra que l'une des chattes avait trébuché sur le sol. « Je suis désolée, miaula Pluie de Pétales, haletante et apeurée. Tout est de ma faute. C'est moi qui ai voulu venir ici. 

    -J'aurais du t'en empêcher, la soutint Feuille de Lis.

    -Comment ? En t'accrochant à ma queue ? »

    Feuille de Houx admirait l'esprit de Pluie de Pétales. Elle se demanda comment les chattes avaient trouvé leur chemin dans les tunnels. Pendant un moment, le besoin urgent de se montrer et d'être enfin réunie avec ses camarades de Clan fut tellement fort que ses pattes tremblèrent.

    Non ! Tu as choisi de partir ! Il n'y a aucun retour possible, pas maintenant.

    Mais elle pouvait toujours les aider à retrouver le chemin de la sortie. Elles avaient déjà rencontré un chat ici; si elles ne s'approchaient pas trop, elles penseraient que Feuille Morte serait revenu les aider une seconde fois. Feuille de Houx sortit de sa cachette et appela doucement : 

    « Venez ! Qu'est-ce que vous attendez ? »

    L'air craqua comme si les deux femelles étaient soudainement tendues et alarmées. Feuille de Houx entendit Feuille de Lis se retourner pour observer le tunnel, mais elle savait que les ombres dissimulaient parfaitement son pelage sombre.

    « Vous voulez sortir d'ici, non ? Vous savez que vous n'avez rien à faire dans ces tunnels.

    -Oh oui aide-nous, s'il te plaît ! supplia Pluie de Pétales.

    -Bien. Suivez-moi. » Feuille de Houx se retourna et descendit le tunnel. Par les bruits de pas qui résonnaient derrière elle, elle sut qu'elle devait accélérer pour rester hors de vue, mais également modérer sa vitesse pour que les autres puissent la suivre. Elle les mena délibérément sur un chemin déroutant,  des passages latéraux traversant un tunnel qu'elles avaient déjà emprunté, dans le but de décourager les deux guerrières de revenir. L'une d'elles - Feuille de Houx en déduit que cela devait être Pluie de Pétales - commença à ralentir le pas, le souffle court et bruyant.

    « C'est encore loin ? » miaula Feuille de Lis.

    Feuille de Houx ne répondit pas. Le long du prochain tournant, le tunnel se transformait en une pente raide jusqu'à un vieux terrier de renard, abandonné depuis longtemps, qui s'ouvrait sur l'un des coins les moins arpentés du territoire du Clan du Tonnerre. Il n'y avait là aucun endroit où se cacher pour Feuille de Houx, elle devait donc risquer de sortir avant les guerrières et aller se cacher dans les sous-bois. Elle courut la distance qui la séparait de l'entrée puis bifurqua à travers une petite clairière et s'engouffra dans un bouquet de fougères. Se tournant aussi silencieusement que possible, elle attendit, le cœur battant, alors que les deux femelles boitaient derrière elle.

    Feuille de Lis s'arrêta et regarda autour d'elle. « Où est-il passé ? » miaula-t-elle.

    Pluie de Pétales sembla trop épuisée pour répondre. Elle se traîna vers l'ouverture et s'effondra dans un carré de lumière à côté d'une souche de chêne. Très lentement, Feuille de Houx se retira dans les fougères. La femelle noire se figea lorsque les oreilles de Feuille de Lis se tournèrent vers elle. La guerrière grise et blanche semblait regarder droit vers Feuille de Houx.

    « Merci ! » lança Feuille de Lis.

    Je ferai n'importe quoi pour mes camarades de Clanrépondit silencieusement Feuille de Houx.

    ***

    (Traduction) Chapitre 9 de Hollyleaf's Story

    Feuille de Houx ne retourna pas visiter son ancien foyer pendant plusieurs lunes. Elle savait qu'elle avait blessé Feuille Morte avec ses visites d'observations de la combe, et il méritait mieux que ça de sa part. Ils passaient leurs journées à patrouiller le long des tunnels en quête d'ennemis invisibles et à attendre au bord de la rivière que les poissons apparaissent. Ils parlaient moins de ce qui leur était arrivé dans le passé, ou de ce qui arrivera dans le futur. Feuille de Houx se disait que c'était à cause de leur amour du silence, comme un couple d'anciens profitant d'une vie plus calme et plus simple. Elle chassait toujours dans les bois quand elle ne supportait plus de manger un poisson supplémentaire, mais Feuille Morte ne la regardait plus assis à l'entrée, ou ne faisait plus aucun commentaire quand elle rentrait avec des odeurs de plumes et de sang sur la fourrure. Feuille de Houx n'essayait plus de lui attraper de gibier depuis qu'il n'avait pas touché à la moitié d'écureuil qu'elle avait laissé pour lui la nuit ou Feuille de Lis et Pluie de Pétales s'étaient perdues. Feuille Morte ne semblait pas plus faible à cause de la faim, il préférait donc manifestement manger seul. C'était là un rappel de plus que le chat roux et blanc n'était pas un chat de Clan, mais Feuille de Houx avait choisi de ne plus vivre comme une guerrière, non ? Elle et Feuille Morte avaient plus de choses en commun que le plafond de roche au-dessus de leurs têtes.

    La mauvaise saison céda sa place à la chaleur déterminée de la saison des feuilles nouvelles, puis la saison des feuilles vertes se faufila dans les bois, les remplissant d'odeurs de proies alléchantes et de plantes vertes. Feuille de Houx commença à passer plus de temps dehors, courant à travers les arbres, les moustaches frémissantes à cause de tous les parfums de la forêt, ou à s'étendre dans la prairie pour laisser le soleil réchauffer sa fourrure. Les jours devinrent plus chauds. Feuille de Houx eut envie de marcher au bord du lac et de laisser les vagues mouiller ses pattes. Les pentes supérieures de la crête étaient son endroit préféré, là où elle pouvait se rafraîchir dans la brise légère, jusqu'à ce qu'un jour, elle s'aventure trop près de la frontière du Clan du Vent et faillit tomber sur une patrouille. Elle fit volte-face et courut sur la crête de la colline et plongea dans les arbres, haletante de peur. Lorsque son pouls ralentit, elle retourna vers le tunnel qui menait au bois, restant dans l'ombre au cas où un guerrier du Clan du Vent se mettrait à la recherche de l'étranger sur leur territoire. Feuille de Houx espéra qu'ils n'accuseront pas le Clan du Tonnerre d'avoir franchi la frontière. Il y avait déjà assez de problèmes entre les deux Clans depuis qu'ils étaient arrivés au lac, même si les anciens parlaient d'un temps où Étoile de Feu et Étoile Solitaire étaient bons amis malgré la division des Clans. Feuille de Houx se demandait comment les chats du Clan du Tonnerre faisaient face à la température brûlante. Les apprentis étaient-ils de corvée de mousse, ramenant ainsi de l'eau du lac ? Griffe de Ronce avait-il ordonné de déplacer les patrouilles au crépuscule afin d'éviter la chaleur ?

    Le tunnel des bois apparut devant elle, mais Feuille de Houx s'arrêta. Plus fort que le soleil, elle brûlait de savoir comment ses camarades s'en sortaient. Presque sans y penser, elle contourna l'entrée et remonta la pente. Les arbres poussaient jusqu'au sommet de la crête ici et là, jusque de l'autre côté, offrant directement une protection à la frontière du Clan du Tonnerre. En fait, Feuille de Houx faillit la manquer complètement, jusqu'à ce qu'elle repère l'odeur effacée d'un marquage sur un tronc couvert de mousse. Les marquages deviendraient vite secs à cause du soleil, et avaient besoin d'être renouvelés plus souvent qu'une fois par jour. En vérifiant que personne n'était dans les parages, elle se glissa à travers les fougères vers la combe.

    Une faible odeur de proie alléchante dériva vers elle. Feuille de Houx écarta les tiges devant elle d'une patte et vit la douce silhouette brune d'un lapin qui grignotait un bouquet de plantes vertes. La femelle noire se mit à saliver mais elle savait qu'elle ne pouvait pas chasser ici. Elle était sur le point de partir et de laisser ce gibier pour la patrouille suivante lorsqu'elle reconnut l'odeur des plantes que le lapin était en train de dévorer. Du souci ! Si précieux pour soigner des plaies et garder les griffures bien nettoyées, et si rares près de la combe. Feuille de Houx ne pouvait pas laisser le lapin manger le bouquet entier. Elle bondit en avant en feulant et en montrant les dents. Le lapin se figea puis s'enfuit sans demander son reste, sa queue blanche et touffue signalant un danger à travers les arbres.

    Feuille de Houx combattit son instinct qui lui dictait de lui courir après et se concentra sur les feuilles de souci. Presque toutes avaient été mangées jusqu'à la racine. Feuille de Houx ne pouvait pas rester ici et les garder, le lapin reviendrait finir son repas aussitôt qu'elle serait partie. Elle devait trouver un moyen de mettre les derniers plants en sécurité. Regardant autour d'elle, elle repéra une profonde fissure entre la branche et le tronc d'un arbre voisin, pas trop loin du sol pour ne pas être vu par un chat passant par là, mais trop haut pour qu'un lapin puisse l'atteindre. Elle arracha rapidement les feuilles restantes, aussi près du sol que possible. La gueule pleine de tiges juteuses, elle grimpa dans l'arbre et y plaça sa récolte. 

    Elle plissa les yeux, pensive. Avec ce soleil, les plants se faneraient bientôt. Ils avaient besoin d'eau pour rester frais. Feuille de Houx bondit de l'arbre et marqua une pause un moment à l'écoute d'une quelconque patrouille puis traversa les bois vers la frontière du Clan du Vent. Là, elle trempa une boule de mousse dans le ruisseau et la ramena avec précaution vers les feuilles de souci. Lorsqu'elle grimpa une nouvelle fois le tronc, l'eau lui coula sur le poitrail et la fourrure de son ventre, lui arrachant un halètement de choc. Mais la mousse tint bon assez pour arroser le bouquet d'une petite flaque, ce qui devrait garder les tiges de souci humides jusqu'à ce que Feuille de Lune ou Œil de Geai passent par là. Feuille de Houx bondit au sol, s'arrêta un instant pour vérifier si le souci était en sécurité dans sa cachette, puis courut rejoindre le tunnel. Elle n'était peut-être plus un membre du Clan du Tonnerre, mais si elle pouvait les aider, elle le ferait.

    Toute la nuit, Feuille de Houx ne cessa de penser aux feuilles de souci. Feuille de Lune les avait-elle trouvées ?  Le Clan sera-t-il capable de protéger le reste des plants du lapin ? Après deux levers de soleil passés dans l'anxiété, elle décida d'y retourner pour voir si les plants avaient bel et bien été récoltés. Elle courut le long du tunnel qui mène aux bois, la tête emplie de nervosité. Au-delà de l'entrée, les arbres étaient calmes et lourds de feuilles vertes, avec seule la plus légère des brises pour bouger leurs feuilles. Feuille de Houx resta à l'écart des sentiers et se fraya un chemin à travers les fougères jusqu'à l'endroit où elle avait laissé le souci. Soudain, elle entendit des voix venir de devant elle, jeunes et remplies d'excitation.

    « Regarde ça, Nuage de Loir ! »

    Feuille de Houx se ramassa sur elle même au bord des fougères cassantes et jeta un coup d'œil au travers. Une petite femelle rousse était accroupie, la queue relevée.

    « Je vais attaquer ce bâton ! déclara-t-elle.

    -N'oublie pas que tu es supposée fermer un œil, Nuage de Cerise, miaula le mâle crème et brun. Cœur Blanc a dit que nous devions pratiquer tous les mouvements comme si nous avions été blessés. »

    Feuille de Houx laissa échapper un ronronnement. Elle se remémora son entraînement avec Cœur Blanc, destiné à apprendre à se battre même avec la perte d'un œil. Elle étudia la position de Nuage de Cerise. Elle ne s'en sortait pas trop mal, même si elle avait besoin de mieux répartir son poids sur les pattes où se trouve le bon œil afin d'améliorer son équilibre.

    Soudain, la truffe de Feuille de Houx frémit. Une nouvelle odeur avait pénétré les fougères, au-dessus de celle des deux jeunes apprentis et des feuilles vertes. Une odeur qui fit hérisser la fourrure de la femelle noire et lui fit sortir les griffes : un renard ! Avant qu'elle ne puisse lancer un avertissement, une énorme forme rousse surgit des arbres et s'arrêta devant les apprentis. Feuille de Houx banda ses muscles pour sauter mais Cœur Blanc, Patte de Renard et Pétale de Rose s'étaient déjà lancés depuis les buissons de l'autre côté de la clairière.

    Les trois guerriers poursuivirent le renard, leurs crocs dévoilés. « Dégage de là ! » hurla Pétale de Rose. 

    Le renard leva brusquement la tête, alarmé, ses yeux écarquillés. Il entreprit de mordre Patte de Renard, qui était le plus proche, mais le guerrier au pelage roux l'esquiva, atterrit derrière le canidé et lui planta ses griffes dans le flanc. Cœur Blanc se jeta sur l'oreille du renard et y planta ses crocs. Pétale de Rose se secoua les pattes, envoyant des perles de sang écarlate sur l'herbe. Le renard lutta brièvement puis se retourna brusquement, repoussant Cœur Blanc dans les fougères, puis s'enfuit à travers les arbres. Les guerriers lui coururent après en feulant.

    Feuille de Houx resta là où elle est, osant à peine respirer. Les fougères avaient été piétinées durant la bataille, et il n'y en avait plus assez pour la garder cachée. Pendant la bagarre, Nuage de Cerise et Nuage de Loir s'étaient mis à l'abri dans un fourré de ronces situé de l'autre côté de la clairière. Feuille de Houx les apercevait tout juste dans l'ombre, blottis l'un contre l'autre. Au moins, ils étaient sains et saufs. Elle devait partir avant le retour des guerriers et dissimuler son odeur sous celle du renard.

    Alors qu'elle se préparait à partir, les fougères claquèrent et le renard déboula dans la clairière. De la bave coulait de ses mâchoires et ses yeux jaunes brillaient avec fureur et détermination. Feuille de Houx le regarda avec consternation. Il devait avoir semé ses poursuivants ! Le renard renversa la tête et renifla le carré d'herbe où les apprentis s'étaient entraînés. Puis il regarda en direction des ronces, les oreilles aplaties. Un petit couinement retentit dans les épines, coupé brusquement comme si Nuage de Cerise avait gémit et que Nuage de Loir lui avait fourré sa patte dans sa bouche.

    Feuille de Houx banda ses muscles et sauta depuis sa cachette.

    « Éloigne-toi de ces chatons ! feula-t-elle. Ou tu devras me passer sur le corps ! » Elle se cabra sur ses pattes arrière et griffa le museau taché de sang du renard. Celui-ci lui lança un regard noir et retroussa les babines, révélant des dents pointues et tachées. Feuille de Houx tint sa position. « Dégage de là ! » cracha-t-elle, ressentant comme la fureur d'un Clan entier de reines prêtes à défendre leurs chatons.

    Au loin, elle pouvait entendre les guerriers revenir, martelant le sol de leurs pattes à travers les arbres, alarmés. Le renard se pencha d'un côté, puis se tourna et s'enfuit. Feuille de Houx l'imita, emplie de soulagement. Elle plongea dans les broussailles et continua à courir, gardant une oreille en arrière en quête d'un signe de poursuite. Mais les guerriers étaient restés avec Nuage de Cerise et Nuage de Loir et ne revinrent pas chasser le renard à nouveau. Pendant un moment, Feuille de Houx se demanda ce que Nuage de Cerise et Nuage de Loir avaient vu depuis leur cachette sous les ronces; parleraient-ils à leur Clan du chat étranger qui les avait sauvés des griffes du renard ? Feuille de Houx savait qu'elle avait pris un énorme risque, mais elle n'avait pas eu le choix. Elle avait sauvé la vie de ces chatons, et c'était tout ce qui comptait.

    Traduction approximative de Hollyleaf's Story - L'histoire de Feuille de Houx effectuée par Ðidychu.


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  • (Traduction) Chapitre 10 de Hollyleaf's Story - FIN

    Feuille de Houx abandonna l'idée de dormir et se hissa en dehors du nid de plumes froissées. Elle ne pouvait pas se souvenir de la dernière fois où elle avait dormi toute une nuit. Elle avait rêvé qu'elle était de retour dans la combe, défendant ses camarades de Clan des renards, les aidant à ramasser des herbes, regardant les chatons jouer au soleil. Cela ne lui prit qu'un instant avant qu'elle ne se réveille brusquement dans l'obscurité avec une vive douleur en elle que ses souvenirs ne soulageraient jamais.

    Elle marcha le long du tunnel vers la rivière souterraine avec une étrange sensation de calme. Feuille Morte était assis à sa place habituelle près de l'eau. Feuille de Houx se posta près de lui et attendit qu'il croise son regard. « Je suis désolée, commença-t-elle. Je n'oublierai jamais que tu m'as sauvé la vie et offert un endroit où rester alors que je pensais avoir tout perdu. Tu as été un vrai ami pour moi, et je te serai toujours reconnaissante pour ça. Mais ma place n'est pas ici. 

    -Je sais, miaula Feuille Morte. J'espérais que tu resterais. Je...Je n'avais jamais eu quelqu'un avec qui partager mon foyer avant. Mais ton Clan a besoin de toi plus que moi. Et ça, tu dois le réaliser maintenant. »

    Feuille de Houx hocha la tête et regarda ses pattes. « Et j'ai besoin d'eux. Mais je ne sais pas comment revenir ! Trop de choses se sont passées ! 

    -Quand le moment sera venu, tu le sauras, » murmura Feuille Morte, et quand Feuille de Houx releva la tête, il avait déjà disparu. Elle était seule près de l'eau ondulante.

    ***

    Une lune passa. Feuille de Houx était encore plus agitée que d'habitude, errant tous les jours sur le territoire du Clan du Tonnerre avant l'aube mais évitant toujours de se montrer dans la combe. Elle ne pouvait pas imaginer ce qu'elle devait dire, ou comment les chats réagiraient à son retour. Une nuit de pleine lune, elle grimpa la crête et regarda l'île au milieu du lac en contrebas, s'imaginant les quatre Clans rassemblés là-bas. Se souvenaient-ils d'elle ? Soudainement emplie de doutes, Feuille de Houx retourna dans les tunnels, se pelotonna dans son nid, et rêva qu'elle était à l'Assemblée, entourée de chats moqueurs et méprisants, se demandant pourquoi une solitaire demandait à rejoindre les Clans. Feuille de Houx se réveilla avec un frisson. Elle était toujours une guerrière, non ?

    Elle resta plusieurs jours dans les tunnels, à manger du poisson et à patrouiller indéfiniment sur les passages de pierre jusqu'à ce que ses pattes deviennent aussi dures que de l'écorce. Feuille Morte lui avait dit qu'elle saurait quand le moment de revenir viendrait. Elle espérait qu'il avait raison, et que cette chance n'était pas déjà passée. Elle finissait son repas poissonneux lorsque des pas retentirent devant elle. La chatte noire se retourna pour voir Feuille Morte pénétrer dans la grotte de la rivière. Feuille de Houx ne l'avait pas vu depuis un moment. Elle bondit sur ses pattes avec enthousiasme. « Hey, où étais-tu passé ? »

    Feuille Morte leva la queue pour la faire taire. « Il y a des chats dans le tunnel. Quelque chose de grave est en train de se produire. » Il fit volte-face et se dirigea vers le tunnel qui conduisait vers la lande. Feuille de Houx le suivit, en courant pour ne pas le perdre de vue. Ils avaient à peine quitté la faible lumière de la grotte de la rivière lorsqu'elle entendit des voix résonner dans l'obscurité. Pas des chats du Clan du Tonnerre cette fois, mais du Clan du Vent - et une autre voix qu'elle reconnut, un mâle qui parlait plus fort que les autres, comme un grondement profond semblable au tonnerre éclatant sur de la roche. Sol ! Feuille de Houx eut un flash et se remémora le chat écaille-de-tortue et blanc qui leur avait causé tant d'ennuis auparavant ; il avait prédit la disparition du soleil et persuadé Étoile de Jais de se détourner de ses ancêtres. Que fait-il ici ? 

    Devant elle, Feuille Morte s'arrêta. Ils pouvaient entendre clairement leur conversation de là où ils étaient.

    « C'est votre chance d'obtenir la gloire et le pouvoir ! » disait Sol. « Étoile Solitaire veut peut-être maintenir la paix, mais ce n'est qu'un signe de faiblesse ! Attaquez le Clan du Tonnerre en passant par les tunnels et vous ne pourrez que triompher face à ces imbéciles de mangeurs de souris ! 

    -Sol a raison ! miaula un autre chat; Feuille de Houx était sûre qu'il s'agissait de Plume de Hibou. Nous avons écouté Étoile Solitaire depuis trop longtemps. Il devrait nous laisser nous battre à présent, faire ce pourquoi nous nous sommes entraînés et donner une bonne leçon au Clan du Tonnerre pour leur montrer que nous sommes plus forts que ce qu'ils ne pensent ! »

    Une volée de grognements consentants retentirent. La fourrure de Feuille de Houx se hérissa. Ses camarades de Clan allaient être attaqués ! Elle ne pouvait pas laisser une telle chose se produire ! Devant elle, Feuille Morte se raidit. « Ils y a d'autres chats ici, » souffla-t-il dans l'oreille de la chatte noire.

    Prudemment, elle se tourna et renifla l'air. Deux chats du Clan du Tonnerre se trouvaient dans un tunnel latéral, juste au coin. Feuille de Houx huma l'air de nouveau jusqu'à ce qu'elle puisse identifier leurs odeurs : Feuille de Lis et sa sœur Aile de Colombe. Elle commença à se diriger vers elles puis s'arrêta lorsqu'elle entendit le feulement d'un chat du Clan du Vent.

    « Vous avez entendu ce bruit ? » grogna un guerrier.

    Feuille Morte chuchota à l'oreille de Feuille de Houx. « Tu dois les faire sortir d'ici. Ton Clan entier a besoin de toi maintenant. Si le Clan du Vent est sur le point d'attaquer par les tunnels, tu es la seule qui puisse les aider. »

    Feuille de Houx fixa son ami. « Il est temps, n'est-ce pas ? miaula-t-elle doucement.

    Le mâle roux et blanc hocha la tête. 

    -Tu t'en sortiras très bien, murmura-t-il. Je ne t'oublierai jamais, Feuille de Houx. »

    À ce moment-là, un craquement retentit dans le tunnel latéral, rien de plus qu'un galet glissant en dessous d'une patte, mais le bruit faisait écho et se magnifiait contre les murs de pierre jusqu'à ce qu'il retentisse aussi fort que le tonnerre.

    « Qu'est-ce que c'était ? grogna Plume de Hibou. Quelqu'un nous écoute ? »

    Feuille de Houx commença à ramper vers les ombres les plus épaisses où ses camarades de Clan se cachaient. 

    « Sors-nous d'ici ! chuchota Feuille de Lis.

    -Les voix menaient jusque ici, répondit Aile de Colombe. Je ne suis pas sûre que ce soit le chemin de la sortie. »

    Derrière elle, Feuille de Houx entendit les chats du Clan du Vent remuer, comme s'ils venaient enquêter en nombre. Feuille de Lis avait dû les entendre aussi car elle lança : « Ils viennent nous chercher ! Nous devons partir. »

    Ce n'était pas le moment de mener ces chats hors de la sécurité que leur offrait la pénombre. Feuille de Houx allait devoir se montrer à elles, leur faire savoir qu'elle était un chat de confiance. Elle prit une profonde respiration. Toutes ces lunes à se cacher, à essayer d'oublier qu'elle avait appartenu à un Clan, semblaient s'évanouir en un seul instant. Le sang d'une guerrière coulait dans ses veines. Rien n'était plus important que sa loyauté envers son Clan.

    Elle marcha vers le tunnel latéral et se sentit frissonner lorsque Aile de Colombe et Feuille de Lis se crispèrent, prêtes à se défendre. 

    « Venez avec moi, ordonna-t-elle dans l'ombre. Vite ! 

    -Pas question ! feula Feuille de Lis. Tu pourrais être l'un d'eux.

    -Non, miaula Feuille de Houx tout en essayant de garder sa voix calme.

    -Prouve-le ! la défia Aile de Colombe.

    -Je ne devrais pas avoir à le faire, » lança la femelle noire. Ces chats ne reconnaissent-ils pas l'odeur du Clan du Tonnerre quand elle se présente juste sous leur truffe ? 

    « Pour l'amour du Clan des Étoiles, partons d'ici ! »

    Dans la faible lumière de la nuit qui filtrait depuis la grotte de la rivière, Feuille de Houx vit les yeux de Feuille de Lis s'écarquiller alors qu'elle échangeait un regard avec sa sœur. « Le Clan des Étoiles ? » miaula Feuille de Lis. « Alors tu...

    -Vous voulez sortir d'ici oui ou non ? l'interrompit Feuille de Houx.

    -Oui, bien sûr, répondit Feuille de Lis. Mais comment être sûre que tu ne nous emmèneras pas encore plus loin dans les tunnels ? »

    Feuille de Houx laissa échapper un feulement de frustration. Ces questions pouvaient attendre ! Pourtant, peut-être qu'il n'était pas surprenant que ces deux jeunes chattes ne sachent pas qui elle est. Elle deviendra une étrangère pour beaucoup de ses camarades de Clan après être partie si longtemps.

    « Parce que j'appartiens au Clan du Tonnerre, comme toi, » miaula-t-elle en haussant la voix afin de couvrir les battements de son cœur.

    « Mon nom est Feuille de Houx. »

    (Traduction) Chapitre 10 de Hollyleaf's Story - FIN


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