• (Traduction) Chapitre 6 de Dovewing's Silence

    (Traduction) Chapitre 6 de Dovewing's Silence

    by Graypaw99

    « Argh! Hargh-argh! Désolée, » bafouilla Tempête de Sable avant qu'une autre quinte de toux ne secoue son corps. « Hargh-argh-argh ! »

    Poil de Bourdon remua derrière Aile de Colombe. « Je me sens mal pour elle, mais personne n'arrive à dormir, » murmura-t-il. Elle sentait son haleine chaude dans sa nuque. « Elle devrait peut-être aller voir Œil de Geai. 

    -Je suis sûre qu'elle y a déjà pensé, » chuchota Aile de Colombe. Ses yeux étaient lourds à cause du manque de sommeil et elle espérait aussi que Tempête de Sable se calme. Pourtant, elle ne ressentait que de la compassion pour la femelle, qui les avait gardés éveillés trois nuits de suite à présent. 

    Une forme sombre passa sous le museau d'Aile de Colombe. « Prends un peu de mousse imbibée d'eau, Tempête de Sable, » la pressa Pavot Gelé. Un doux bruit retentit lorsqu'elle déposa la boule de mousse derrière le nid de la reine. « Ça pourrait t'aider.

    -Merci, croassa Tempête de Sable. Je suis tellement désolée, tout le monde. » Aile de Colombe l'écouta presser la mousse, puis un silence miséricordieux s'engouffra dans la tanière. Puis elle tomba endormie.

    Aile de Colombe avait l'impression de n'avoir fermé les yeux qu'un moment avant que Poil d'Écureuil ne se tienne devant elle et ne la pousse doucement de la patte. « Allez, espèce d'hérisson paresseux ! Je veux que tu mènes la patrouille frontalière de l'aube. » Aile de Colombe se mit maladroitement sur ses pattes et suivit le lieutenant dans le froid matinal. Presque une lune entière s'était écoulée depuis la Grande Bataille et la mauvaise saison était tombée sur la forêt comme une fourrure de glace. Aile de Colombe frissonna, son souffle formait des nuages dans l'air. Œil de Crapaud la rejoignit, plissant les yeux face à la lumière de l'aube.

    « Je ne me souviens pas de la dernière fois ou j'ai dormi une nuit complète, murmura-t-il. Je vais emmener Tempête de Sable moi-même voir Œil de Geai si elle ne le fait pas aujourd'hui. » Aile de Colombe n'avait pas l'énergie de répliquer. Après avoir écouté les instructions de Poil d'Écureuil, elle mena Œil de Crapaud, Plume de Noisette et Pétale de Rose en dehors de l'entrée nouvellement reconstruite vers le bord du lac qui longeait la frontière du Clan du Vent. La lande était vide et calme, drapée de brume, et la patrouille retourna au camp sans remarquer aucune trace de guerriers rivaux.

    La clairière était pleine de chats se partageant leur repas, étirant leurs membres froids, et parlant calmement. Tempête de Sable se tenait dans un coin, son dos voûté à cause d'une autre quinte de toux.

    « Étoile de Ronce ! appela Truffe de Sureau. Peux-tu demander à Tempête de Sable de dormir dans la tanière des anciens cette nuit ? Elle ne peut pas nous maintenir éveillés chaque nuit, où nous ne tiendrons pas le coup avec les patrouilles ! » Aile de Colombe remarqua que les oreilles d'Isidore se dressaient. Étoile de Ronce regarda Tempête de Sable avec interrogation. « Qu'en penses-tu ? Cela te donnerait peut-être plus de chance de guérir, si tu n'as plus à t'inquiéter de réveiller les autres guerriers ? Je sais que nous prévoyons de construire une seconde tanière des guerriers pour vous donner à tous plus de place, mais cela ne sera pas terminé avant un quart de lune. »

    Un éclair de défi luisait dans les yeux verts de Tempête de Sable. « C'est juste un semblant de mal blanc ! croassa-t-elle. Es-tu en train de dire que je suis juste assez en forme pour rejoindre les anciens maintenant ? J'ai encore des lunes devant moi pour servir mes camarades de Clan ! »

    Il y avait une note brutale de peur derrière ses mots et Aile de Colombe ressentit un sentiment d'empathie. Je sais ce qu'elle ressent. Qu'importe ce qui est arrivé à mes sens, je me sens tellement inutile ! Elle n'avait rien attrapé de décent pour remplir la réserve de gibier depuis des jours, et ses oreilles la faisaient souffrir à force de les étirer lorsqu'elle était en patrouille frontalière. Une petite voix chuchota dans son esprit. Et si tes pouvoirs ne revenaient jamais ? mais Aile de Colombe repoussa cette idée. Comment puis-je servir mon Clan si je me sens sourde et aveugle ?

    Étoile de Ronce s'avança vers la femelle roux pâle et pressa son museau contre son épaule. « Personne ne te demande de te retirer de tes foncions, la rassura-t-il. Je veux juste que tu sois en meilleure forme possible pour la mauvaise saison. Et si tu maintiens les autres chats éveillés, tu dois penser à eux également. »

    Tempête de Sable leva la tête. « Je demanderai un peu de miel aux guérisseurs. » Elle renifla. « Tout ira bien. Et pourquoi ne puis-je pas dormir dans la tanière des apprentis, puisqu'elle est vide ? Comme ça, je ne dérangerai personne. » Les épaules d'Isidore s'affaissèrent. Aile de Colombe se demanda si elle devrait proposer à Tempête de Sable de dormir dans le nid de Poil de Souris à côté du vieux matou. Il devait avoir froid, tout seul, maintenant que le gel avait pris racine dans la forêt. Avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit, Truffe de Sureau s'avança.

    « Nous sommes un peu à l'étroit dans la tanière des guerriers, miaula-t-il à Étoile de Ronce. Pavot Gelé et moi serions heureux de dormir avec Isidore, s'il le souhaite. »

    Les yeux du vieux chat tigré s'illuminèrent. « Content de vous offrir un peu d'espace, miaula-t-il. J'ferai mieux d'aller arranger quelques nids. » Il se leva, la queue bien droite.

    « C'est gentil de la part de Truffe de Sureau et Pavot Gelé, » murmura Aile de Colombe à Feuille de Lis, qui se tenait derrière elle. Sa sœur roula des yeux. « Tu penses vraiment ? Ou alors sont-ils juste désespérés au point de s'éloigner de ces chats féroces de la Forêt Sombre qui dorment juste à côté d'eux ? »

    Aile de Colombe la fixa, sous le choc. « Mais il y a presque une lune que vous avez prononcé votre serment ! Ils t'ont sûrement pardonnée depuis ?

    -Pas tous, grogna Feuille de Lis. Tu n'as pas vu comment Pelage de Poussière préférait attendre que le tas de gibier soit dépourvu des meilleures proies plutôt que d'aller se servir en même temps que nous ? » Elle s'éloigna, sa queue traçant une ligne dans l'herbe couverte de givre.

    « On dormira dans la tanière des anciens aussi ! » lança Nuage de Cerise en faisant un signe de tête à son frère, Nuage de Loir.

    C'est logique, Pavot Gelé et Truffe de Sureau sont leurs parents, pensa Aile de Colombe. Puis elle vit Nuage de Loir foudroyer Bois de Frêne du regard et son ventre se noua. Ces chats n'ont fait que servir leur Clan loyalement depuis la Grande Bataille. Comment pourraient-ils encore avoir quelque chose à se reprocher ?

    « Ça va, miaula Poil d'Écureuil aux jeunes chats. Je rejoindrai Tempête de Sable dans la tanière des apprentis, et comme ça il y aura plus de place pour les autres guerriers jusqu'à ce que la nouvelle tanière soit construite. » Lorsque Tempête de Sable commença à protester, Poil d'Écureuil lança un regard affectueux à sa mère. « Je serai avec toi, que tu le veuilles ou non, ronronna-t-elle. Il fait trop froid pour que tu dormes seule. »

    Du mouvement résonna dans le camp alors que les chats s'activaient à préparer les nouveaux nids. Aile de Combe resta où elle est, comme si ses pattes étaient prises dans l'herbe givrée. Ses oreilles bourdonnaient encore et des ombres lui brouillaient l'esprit. Son cœur s'accéléra. Diviser les guerriers dans des tanières séparées sonnait comme un terrible présage ; le Clan se séparait malgré tout ce qu'ils avaient enduré ensemble. La Grande Bataille avait-elle déjà été oubliée ? Ou ses camarades de Clan étaient-ils déterminés à se rappeler seulement de ceux dont la loyauté avait été questionnée, sans mentionner le courage que chacun avait montré pour chasser les attaquants de la Forêt Sombre ?

    « Aile de Colombe ? Tu vas bien ? » Aile Blanche la regardait, une lueur inquiète dans les yeux. Aile de Colombe se secoua, sentant des gouttes s'envoler de son pelage. « Je vais bien 

    -Pourquoi ne m'aiderais-tu pas à récolter de la mousse ? suggéra Aile Blanche. Ça fait des lunes que je n'ai pas passé du temps avec toi ! »

    Elle se pressèrent à travers la nouvelle barrière d'épines, qui semblait plus dense et piquante qu'autrefois, et trottinèrent sur la pente qui descendait vers le bord du lac. Le chemin qui menait à la meilleure mousse les conduisit à l'endroit où les combattants morts avaient été enterrés. Aile de Colombe ralentit pour regarder les monticules de terre paisibles, chacun couvert d'une fine couche de givre. « Voyez-vous ce qui nous arrive ? murmura-t-elle. Pensez-vous que vous êtes morts en vain ? 

    -Oh ma chérie, tu ne le penses pas vraiment, si ? » miaula Aile Blanche. 

    Aile de Colombe bondit ; elle n'avait pas entendu sa mère arriver. Évidemment que je ne l'ai pas entendue ! Je ne peux rien entendre ! Elle prit une profonde inspiration. « C'est comme si tout s'était empiré depuis la Grande Bataille, confessa-t-elle. Les guerriers qui étaient impliqués dans la Forêt Sombre sont traités pire que des chats errants, et personne ne semble se rappeler que les chats tombés au combat ont donné leur vie pour que nous gagnions la bataille. »

    Elle ne put se résoudre à parler de ses sens ; il s'agissait d'un problème dont elle devait s'occuper seule. Aile Blanche reposa sa queue sur l'échine d'Aile de Colombe. « Toutes les batailles laissent de profondes blessures, visibles ou non. Et les blessures prennent du temps à guérir. Tu le sais, Aile de Colombe. Ne perds pas espoir. » Elle se tourna et se dirigea vers le lac, qui brillait d'une lumière grise et immobile à travers les troncs. Aile de Colombe la regarda s'éloigner. Elle pensa à Patte de Renard, mort d'une infection dans la tanière du guérisseur. Mais certaines blessures ne guérissent jamais, peu importe ce que l'on fait. 

     

    C'était la nuit de l'Assemblée. Une énorme lune blanche trônait au-dessus de la combe, donnant une teinte argentée aux félins, et projetant des ombres nettes sur le sol. Ce serait la première Assemblée depuis la Grande Bataille, la première chance de voir comment les Clans qui avaient combattus côte à côte se débrouillaient. Et pourtant, l'atmosphère parmi les chats du Clan du Tonnerre était sombre, même réticente. Truffe de Sureau chuchotait quelque chose à Œil de Crapaud, assez près pour qu'Aile de Colombe l'entende.

    « Je peux pas croire qu'Étoile de Ronce veuille emmener Pluie de Pétales et Cœur d'Épines avec nous. Veut-il attirer l'attention sur les traîtres de notre Clan ? » Œil de Crapaud remua sa queue touffue noire et blanche. « Les autres Clans ont réussi à tuer la plupart de leurs traîtres, feula-t-il en retour. Peut-être qu'on aurait dû faire de même ! »

    Aile de Colombe bondit en avant. « Et peut-être que tu devrais réaliser que tes camarades de Clan n'ont rien fait de mal et qu'ils ont combattu nos ennemis ! cracha-t-elle.

    -Aile de Colombe ! Arrête ! Qu'est-ce qui se passe ? » Poil d'Écureuil trottait vers eux, sa fourrure hérissée d'inquiétude. Aile de Colombe remua les oreilles, réticente à laisser Œil de Crapaud et Truffe de Sureau penser qu'elle allait se plaindre à leur lieutenant.

    « Juste une divergence d'opinion, » miaula Truffe de Sureau. Il foudroya Aile de Colombe du regard. « Certains semblent croire qu'on ne peut pas penser par nous-mêmes. »

    Poil d'Écureuil plissa les yeux. « Vous voyez cette pleine lune ? C'est la nuit de la trêve - et cela vaut pour tous les membres d'un Clan aussi bien que pour les autres Clans. Venez, où nous allons être en retard. » Elle trotta vers l'entrée où Étoile de Ronce attendait avec le reste de la patrouille qui se rendait à l'Assemblée.

    Aile de Colombe lança un regard noir à Œil de Crapaud et Truffe de Sureau, puis suivit le lieutenant. Pluie de Pétales l'attendait. Elle semblait troublée. « J'ai vu ce qu'il s'est passé, miaula la guerrière au pelage écaille-de-tortue et blanc. N'essaye pas te battre pour nous. Cela prendra du temps de prouver notre loyauté, c'est tout.

    -Cette bataille ne devrait même pas exister ! grogna Aile de Colombe. Vous avez prêté serment, et vous n'avez rien fait pour nous nuire durant la Grande Bataille ! 

    -Le code du guerrier est au-dessus de tout, lui rappela Pluie de Pétales. C'est comme ça que cela doit se passer. »

    Elles rejoignirent les autres chats qui traversèrent la nouvelle barrière de ronces, laissant au passage des touffes de poils sur les épines. « Si cette barrière ne s'adoucit pas bientôt, on n'aura bientôt plus de fourrure ! » murmura Plume Grise. Alors que les chats se déplaçaient au travers des arbres près de la rive, Aile de Colombe accéléra pour rattraper Poil de Bourdon. Ils s'étaient reposés au soleil ensemble plus tôt dans la journée et elle ressentait de la chaleur et de l'affection envers lui.

    « Attends-moi ! » souffla-t-elle.

    Le grand chat gris et noir marqua une pause et la regarda par-dessus son épaule. « Allez, petites pattes ! » la taquina-t-il.

    Ils atteignirent la rive près des autres et contournèrent la plage rocheuse. Les galets brillaient au clair de lune, et de petites vagues clapotaient derrière eux. Aile de Colombe projeta ses sens comme elle était habitué à le faire ces nuits-là, à l'écoute de chaque Clan se préparant à la réunion. Étaient-ils inquiets à propos de cette Assemblée, eux aussi ? Mais ses oreilles n'entendaient que des bruits de pattes martelant la pierre et l'eau s'écraser sur la rive. Aile de Colombe fronça les sourcils et se concentra d'autant plus. Je dois être capable d'entendre quelque chose ! Mes sens ont eu le temps de se rétablir de la bataille ! Je dois en parler avec Pelage de Lion et Œil de Geai. Et si nous les avions perdus tous les trois ? Soudain, ses pattes se prirent dans une branche et elle trébucha en avant. Elle serait tombée droit sur son museau si Poil de Bourdon ne l'avait pas rattrapée avec son épaule et remise sur ses pattes.

    « Tu vas bien ? demanda-t-il.

    -Oui, lâcha Aile de Colombe. Je n'ai pas vu cette branche à cause de l'obscurité, c'est tout. »

    Elle remarqua ses oreilles aplaties de douleur et ressentit une pointe de culpabilité. Même si elle ne pouvait pas lui avouer ce qui lui arrivait, il ne méritait pas d'être traité de la sorte. « Merci de m'avoir rattrapée ! ronronna-t-elle. J'aurais semblé plus bête qu'un mouton si j'avais atterri sur le museau ! 

    -Je serai toujours là pour te rattraper, » murmura Poil de Bourdon. Il se blottit un instant dans la fourrure de sa tête avant de s'éloigner. Ils marchèrent en silence, assez proches pour que leurs fourrures s'emmêlent.

    Traduction de Dovewing's Silence (Le silence d'Aile de Colombe) effectuée par Ðidychu - Toute reproduction interdite.


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